Qui ne risque rien n'est rien… sur le chemin de Damas, alors que les opinions ont cédé face aux certitudes…
on ne le dit assez : un âge n'en chasse pas un autre, tous les âges qu'on a vécu coexistent à l’intérieur de soi, ils s'empilent, et l'un prend le dessus au hasard des circonstances.

Les rois du Laos

(en construction)

Un livre, document essentiel, à lire absolument : Prince Mangkra Souvannaphouma :  "Laos : Autopsie d'une monarchie assassinée"    
- le site "Amazone" permet de feuilleter l'ouvrage : introduction, photos, bibliographie, des éléments du corps du texte…
- les annexes et d'autres documents, dont certains audios, ainsi qu'un curriculum vitæ du prince Mangkra Souvannaphouma sont accessibles sur le site : http://www.laosnet.org

Paris-Vientiane : le site francophone des amoureux du Laos


พระยาสืโคดฅะบอง - Phraya Sikhottabong
(Parc culturel du That Sikhottabong, à 6 km de Thakhek)
photo : Hervé Cheuzeville


พระยาสืโคดฅะบอง - Phraya Sikhottabong
(Parc culturel du That Sikhottabong, à 6 km de Thakhek)
http://www.google.com/url?sa=t&rct=j&q=&esrc=s&source=web&cd=1&ved=0CB8QFjAA&url=http%3A%2F%2Fpeninsule.free.fr%2Farticles%2Fpeninsule_11_12_article_2.pdf&ei=Si_tTo2-ItGsrAfxgfWLCQ&usg=AFQjCNH2QbDNzvqhFla8yUJBFXLyr9djoQ&sig2=vaOPtROuAXwW5TlLb2G2HA

Éléments

http://www.laos-voyage.net/asie/vat-sikhottabong/ 
http://www.laos-roads.fr/voyage/sud-laos/thakhek.htm


Les sites anciens de la plaine de Vientiane (VIIe - XIe siècles) [le rapport original est daté de 1975]

La culture ancienne de Sikhottabong

1. Position du problème

La plupart des historiens du Laos, tant Lao qu’étrangers d’ailleurs, admettaient généralement jusqu’à ces dernières années que la vague migratoire thaï-lao, descendue de Chine entre le XIIe et le XIIIe siècle, aurait complètement submergé les populations autochtones de langue môn-khmère, dont ne subsisteraient plus à l’heure actuelle que des éléments épars, sous la forme de tribus lao-theung (littéralement « laotien d’en-haut ») appelées jadis kha (« esclaves »), d’un niveau culturel assez bas et refoulés dans les montagnes circonvoisines. Apportant avec eux une civilisation infiniment supérieure et une religion universelle (qu’ils étaient d’ailleurs allés chercher au Cambodge) les Thaï-lao auraient alors purement et simplement effacé tout ce qui existait avant eux dans le bassin du Mékong.
Cette vision un peu « thaï-lao-centriste » des événements pouvait se justifier tant que l’on ignorait, archéologiquement parlant, l’existence du Royaume de Sikhottabong. Les anciennes chroniques, comme nous l’avons déjà souligné, faisaient bien état de certains « Royaumes Kha » très florissants avant l’arrivée des populations de langue thaï-lao, mais ces royaumes appartenaient à la tradition légendaire et n’étaient guère pris au sérieux.
Or, comme l’a récemment montré Georges Condominas dans ses Notes sur l’histoire Lawa (1974, p. 159) à propos de l’indianisation des Proto-indochinois, le centre de la Péninsule était loin d’être vide sur le plan culturel antérieurement à la vague migratoire thaï-lao. Les autochtones de langue môn-khmère étaient loin d’être des « sauvages » et ainsi que le soulignait déjà Georges Cœdès il y a plus de quinze ans en parlant des « invasions thaï-lao » : « ...dans la plupart des cas, il s’agissait moins d’une descente massive des populations que la prise du pouvoir par une classe dirigeante d’origine thaïe, déjà en place depuis plus ou moins longtemps dans le pays... » (1962, p. 125). Mais, pour qu’il y ait eu ainsi « prise du pouvoir » dans la plaine de Vientiane, il fallait bien alors que ce pouvoir y préexistât sous une forme ou une autre !
Cependant, bien que la langue môn soit attestée dans la région de Vientiane dès le VIIIe siècle, aucun vestige de ville ou d’agglomération de type môn, du genre de celles que Quartich Wales signale en Thaïlande (1969, pp. 15, 21, 52, 73, 89, 94, 101, 106) n’y a encore été identifié. Les seuls sites présentant des traces visibles d’organisation du terrain, ceux de Ban Y Lay et de Dane Soung, ne sont pas très significatifs à cet égard, tout au moins dans l’état actuel de nos connaissances.
Nous pensons néanmoins que des recherches plus approfondies, par l’exploitation des photographies aériennes notamment, ne manqueront pas, dans les années qui viennent, de combler cette lacune.
Il est en effet à peu près impossible pour le moment de tirer des conclusions valables de la répartition géographique des sites anciens identifiés dans la plaine de Vientiane, puisque celle-ci n’a pas encore été prospectée de façon homogène dans sa totalité. Nous pouvons quand même noter dès à présent, deux régions qui paraissent avoir été d’importants centres cultuels à l’époque de Sikhottabong : la région du That Louang d’abord, y compris la rive orientale du marais, la région de Phone Hong-Thourakhom, ensuite, centrée sur le triangle délimité par les trois rivières : Nam Chèng, Nam Ngum et Nam Lik. Ces deux sites correspondaient-ils à des agglomérations anciennes ? Nous ne pouvons pas encore l’affirmer avec certitude, mais cela parait assez vraisemblable.
Nous serions alors en droit d’attendre, de la part de traditions orales conservées sur place, une confirmation possible de cette supposition. Malheureusement, en 1828, complètement vidé de ses habitants par les armées siamoises qui les déportèrent en masse sur la rive droite du Mékong, l’ancien royaume de Vientiane est pratiquement rayé de la carte : les villes et les villages y sont abandonnés, les routes s’effacent, la forêt reprend ses droits et toute tradition disparaît.
Nous en sommes donc bien réduits aux seules données de la recherche archéologique et celles-ci, comme nous venons de le voir, sont encore un peu minces à l’heure actuelle, notamment sur le plan de la chronologie. De plus, la réinterprétation de la tradition écrite lao, celle de l’Oulangkhathat en particulier, ne pourra se faire de façon valable qu’à partir du moment où les données archéologiques seront à la fois plus nombreuses et plus sûres.

2. Vers une hypothèse possible

Malgré ce manque de données précises nous nous proposons cependant d’adopter dès à présent une hypothèse de travail provisoire, tenant compte de la totalité des faits observés jusqu’ici, et destinée à éclaircir les recherches ultérieures.
Dans cette hypothèse, nous allons considérer la culture lao actuelle comme une culture populaire réellement autochtone, c’est-à-dire comme une culture lentement élaborée sur place, sans solution de continuité, depuis les premiers siècles de l’ère chrétienne, et non pas comme une culture importée en bloc au XIVe siècle et imposée par une aristocratie de langue thaïe-lao, au détriment d’une culture indigène rapidement anéantie. Malgré des apports extérieurs indéniables, sur le plan linguistique notamment, la civilisation du Lan Xang nous apparaît alors comme l’héritière directe de la culture ancienne de Sikhottabong, la charnière se situant aux alentours du XIIIe siècle, au moment du déclin de l’influence khmère dans la région.
Dans cette perspective, nous distinguons maintenant deux directions d’étude privilégiées ; d’abord celle de la culture ancienne de Sikhottabong elle-même, avec la nécessité d’établir au plus tôt une chronologie, même provisoire, de ses manifestations, ensuite celle de l’époque-charnière, ce XIIIe siècle encore si mal connu et pourtant si important puisque c’est justement à cette époque qu’a commencé à prendre forme la civilisation lao telle que nous la connaissons à l’heure actuelle.

[à actualiser…]

Le roi Jao Fa Ngum (1353-1373), premier unificateur du pays
พระเจ้าฟ้างุ้ม

Le prince Fa Ngum est né en 1316 au Palais de Xieng Thong dans le Royaume de Muong Sua.
Il était le fils du prince Khun Phi Fa. À cette période, le Royaume de Muong Sua a été le théâtre d'intrigues de palais compliquées, entre les différentes factions de la noblesse.
À l'âge de 23 ans, le prince Fa Ngum, part sur des radeaux et descend la rivière Nam Kong (Mékong) vers le sud. Au bord du Champa Nakhorn (district Champassak), le prince étudie au monastère du vénérable moine Maha Pasaman.
Puis il se rendit au Cambodge rendre visite au roi Jayavarman khmer d'Angkor Thom et épousa sa fille, Nang Keo Kanlayany. À la Cour du Roi, il apprend l'art de la politique et de la stratégie.
Mais, l’amour pour son pays natal, le pousse à une reconquête de son pays, le Laos. En 1351, le prince Fa Ngum, accompagné de son épouse, à la tête d'une armée de dix mille hommes, a lancé une campagne sous le slogan "À la conquête des plus petites villes aux plus grandes". Il a commencé sa reconquête à Phra Viharn (Khao Phra Viharn), au nord d'Angkor Thom. Après avoir soumis bien des régions, le prince se prépare à attaquer Xieng Dong Xieng Thong (Luang Prabang maintenant). Chao Fa Kham Khieo, le roi de Xieng Dong Xieng Thong, a envoyé ses troupes par trois fois contre lui, sans succès. Enfin, le roi abdique.
Les habitants de Xieng Dong Xieng Thong demande au prince Fa Ngum de devenir le roi de Lane Xang. Il fut couronné en 1353 sous le nom de Phanya Fa La Tholany Sri Sattana Khanahout. Sa femme, Cambodgienne, profondément bouddhiste, demande alors au Cambodge l’envoi d’une mission bouddhiste. C’est cette mission, qui amena une statue du bouddha Phra Bang. (Elle donne son nom à la ville (Luang Prabang) et le bouddhisme devient religion d’État).
En 1354, le roi, qui garde l’unification du Laos en tête, veut conquérir les territoires dans le Nord-Ouest. Ce fut chose faite après la soumission de Thao Ulong, le dirigeant de Xieng Saen. Après sa victoire, Fa Ngum conduit son armée dans la plaine centrale, avec pour objectif de prendre Vieng Kham et Vieng Chan (Vientiane), deux grandes principautés. Une fois victorieux, il s’installe à Vientiane.
Avec courage, persévérance, intelligence et sagesse, le roi Fa Ngum a réussi à unifier tous les territoires lao. Après chaque victoire, il a installé une nouvelle administration dans le territoire soumis et donné le pouvoir à la population.
En 1357, le roi organise une fête grandiose, qui a duré sept jours et sept nuits. Organisée dans la zone Passak Pak, (le Vientiane d’aujourd’hui).
En 1354, le roi, qui garde l’unification du Laos en tête, veut conquérir les territoires dans le Nord-Ouest. Ce fut chose faite après la soumission de Thao Ulong, le dirigeant de Xieng Saen. Après sa victoire, Fa Ngum conduit son armée dans la plaine centrale, avec pour objectif de prendre Vieng Kham et Vieng Chan (Vientiane), deux grandes principautés. Une fois victorieux, il s’installe à Vientiane.
Avec courage, persévérance, intelligence et sagesse, le roi Fa Ngum a réussi à unifier tous les territoires lao. Après chaque victoire, il a installé une nouvelle administration dans le territoire soumis et donné le pouvoir à la population.
En 1357, le roi organise une fête grandiose, qui a duré sept jours et sept nuits. Organisée dans la zone Passak Pak, (le Vientiane d’aujourd’hui).
S'adressant a ses sujets, le roi déclare: « Vous, qui administrerez des villes et des territoires, ne tuez pas les contrevenants. Si leur crime n'est pas lourd. Utilisez la prison. Puis, libérez-les, pour qu'ils puissent trouver une profession. La richesse du pays vient de ses habitants. Ensemble, vous devez garder la frontière de votre territoire ».
Le roi Anouvong (1803-1828) à Vientiane, face au Mékong
Depuis Fa Ngum, le grand unificateur et organisateur du royaume Lao Lan Xang, un sentiment national lao est né sous Chao Anouvong qui a régné de 1803 à 1828. Il avait 20 enfants dont 18 garçons et 2 filles.
En 1807, il érigea un Palais à Vientiane. Il fit construire une pagode à Nong Khai, la pagode Sibounheuang et restaura le Mausolée That Phnom à Nakhon Phanom. En 1815, il fit construire le temple du Bouddha d’Emeraude et la Biblothèque à Wat Sisaket à Vientiane.
En 1818, Bangkok exhorta Anouvong à réprimer la révolte anti-siamoise de Champassak. Anouvong nomma le prince Nho, son fils, au poste de gouverneur (vice-roi) de Champassak.
A la mort de Rama II en juillet 1824, Bangkok mobilisa la population lao déportée, pour couper les palmiers à Muang Souphanh et les larguer jusqu’au port Samouthprakane ; beaucoup de lao moururent de faim, d’épuisement et sous les tortures.
En 1825, Anouvong se rendat à Bangkok pour les funérailles de Rama II. Manthathourat, roi de Louang Prabang fit de même.
En 1827, Chao Anouvong déployait son armée (troupes de Vientiane et de Champassak) en direction de Bangkok pour évincer les Anglais. Les troupes de Chao Anouvong libèrèrent Khorat (territoire lao) et atteignèrent Saraburi (ville lao). Les siamois barrèrent la route à la poussée des troupes lao avec l’aide des occidentaux. Chao Anouvong battit en retraite et se repliat à Nong Boua Lamphou (Oudone) qu’il abandonna aux mains des siamois secourus par les troupes anglaises et portugaises. Chao Anouvong ordonna le retrait total de son armée. Lui et sa famille se réfugièrent à Ngé-Anh (Annam). Pendant son exil forcé, les armées de Lanna Xieng Mai et de Louang Prabang aidèrent le Siam à combattre Chao Anouvong. Ce dernier, empêché de contacter l’extérieur pour se procurer les armes et les munitions, n’était pas en mesure de contre-attaquer les occupants.
En mai 1827, les Siamois mettaient à sac Vientiane et déportèrent une grande partie de la population lao.
En 1828, les troupes siamoises quittèrent Vientiane et Chao Anouvong retourna au pays avec une compagnie annamite de garde personnelle et un bataillon de lao. Il contacta ses hommes éparpillés dans l’est du pays. Informé de son retour, le Général siamois Souphavadi déployait son armée en direction de Vientiane. En octobre 1828, Anouvong attaqua victorieusement les troupes siamoises à Yasothone. Son fils, Rajvong, poursuivit les troupes siamoises jusqu’à Nongkhai. Mais à Bane Phai, ce fut la défaite des troupes lao et les princes guerriers lao, fils de Chao Anouvong furent arrêtés et transférés à Bangkok.
En décembre 1828, Chao Anouvong, sa femme la reine Khampong et d’autres membres de sa famille, en fuite vers Sip Song Chau Tai, furent arrêtés à Xieng Khouang et transférés d’abord à Vientiane, puis à Bangkok.
Chao Anouvong est mis dans une cage en fer, sa femme et ses enfants dans une autre, placées l’une près de l’autre. Tous les matins, ces cages furent placées à Snam Louang, afin que les gens de Bangkok puissent venir cracher sur eux, les diffamer, huit jours durant. En février 1829, Chao Anou mourut sous la torture à l’âge de 61 ans. Les Siamois le traitèrent comme un traître au Siam. Pour les Lao, Chao Anou est un patriote et un héros, comme d’autres patriotes lao, qui luttent pour la libération du pays de la domination siamoise. Il montra au peuple lao la voie du patriotisme. C’est une figure emblématique pour les Lao de toutes générations qui ne doivent jamais oublier que ce grand roi avait défendu l’honneur et la dignité lao.



Le roi Setthathirat I (1548-1571), au Pha That Luang à Vientiane

Le roi Sisavangvong (1904-1959) au wat Simuang à Vientiane
(et au palais royal à Luang Prabang)
Le roi Sisavangvong en 1947 donna au Laos une constitution qui fit du pays une nation démocratique, pour une brève période.





Chaque 2 décembre j’ai une pensée émue pour un pays qui compte beaucoup pour moi : le Laos…

http://cheuzeville.net/?p=425

Pourquoi donc penser au Laos, le 2 décembre de chaque année ?

http://www.france-catholique.fr/Laos-2-Decembre-triste-date.html

Hervé Cheuzeville : 2-Décembre, triste date !

http://www.echosdafrique.com/20111203-2-decembre-triste-date

Chaque 2 décembre j’ai une pensée émue pour un pays qui compte beaucoup pour moi : le Laos, ancien Royaume du Million d’Éléphants. Ce pays fut, pour une grande part, à l’origine de mon engagement humanitaire, à la fin des années 70, lors de l’arrivée en France de milliers de réfugiés de ce pays. Je m’impliquai alors dans leur accueil. Cela me poussa à aller en Thaïlande, dans les camps. J’y suis souvent retourné, y passant chaque année de nombreux mois. Avec d’autres, j’ai crée des écoles primaires dans de petits villages de réfugiés, le long de la frontière laotienne. A la fin des années 80, alors que je me trouvais déjà en Afrique, le gouvernement thaïlandais rasa ces villages – et nos écoles – et expédia leurs habitants dans l’immense camp de Napho, près de la ville de Nahon Phanom. Cette action en faveur des réfugiés laotiens me détermina aussi à étudier la langue, l’histoire et la culture de ce pays. En 1987, j’eus l’occasion d’y travailler quelques mois, pour le compte d’une ONG, et d’y faire l’expérience de la vie en pays communiste, de surcroît occupé et dominé par le trop puissant voisin vietnamien.
Pourquoi donc penser au Laos, le 2 décembre de chaque année ?

Le magnifique drapeau rouge, frappé de trois éléphants blancs…
C’est le 2 décembre 1975 que le Royaume du Laos fut aboli, remplacé par une « République Démocratique Populaire Lao ». Le magnifique drapeau rouge, frappé de trois éléphants blancs fut remplacé par le drapeau du mouvement communiste laotien. Depuis les années 50, le Laos avait tenté de rester en dehors de la guerre qui faisait rage dans le pays voisin, le Viêt Nam. Mais les accords de Genève de 1954 scellèrent le destin du Laos. Au lieu de permettre un retour à la paix, le départ des Français et la division du Viêt Nam entre nord et sud amenèrent le déclenchement d’une nouvelle guerre. Dans cette guerre, le Laos fut impliqué malgré lui. Car le Nord-Viêt Nam communiste utilisa les confins orientaux du Laos pour acheminer des hommes et du matériel au Sud-Viêt Nam pro-occidental. La fameuse « piste Hô Chi Minh » était entrée dans l’Histoire. Il n’a pourtant jamais été assez dit que cette piste légendaire passait en fait en territoire laotien, violant ainsi la neutralité et la souveraineté du pays. Afin de masquer cette occupation de fait de l’est du Laos, le régime communiste d’Hanoï créa de toutes pièces une « rébellion » laotienne, dans la zone où passait la fameuse piste. Le Neo Lao Hak Xat[1] était né. Pour diriger ce mouvement « frère », les Vietnamiens choisirent un Laotien de père vietnamien, Kaysone Phomvihane[2]. Cet homme consacra toute sa vie à la communisation et la vietnamisation du Laos. Afin de masquer aux yeux du monde le caractère vietnamien du mouvement communiste laotien, un homme de paille fut trouvé pour le « diriger ». C’est ainsi que le « prince rouge », Souphanouvong[3], apparut sur la scène politique. C’était un authentique prince laotien, de surcroît demi-frère du prince Souvanna Phouma[4], chef du gouvernement neutraliste du pays. Véritable histoire de famille que cette politique laotienne, puisque le chef de la droite pro-américaine n’était autre que le prince Boun Oum[5], cousin des deux premiers.
C’est cette utilisation du territoire laotien par le régime communiste de Hanoï qui décida le président Kennedy à faire intervenir directement les Etats-Unis dans ce conflit. Pendant une décennie, la partie orientale du Laos fut abondamment bombardée par les B52 étasuniens, sans pour autant parvenir à empêcher les armes et les hommes de rejoindre les maquis viêt cong[6] du Sud-Viêt Nam, via la piste Hô Chi Minh. Aujourd’hui encore, au Laos, 38 années après la fin de ces bombardements, des engins non explosés continuent à tuer des civils laotiens.
Les accords de Paris de 1973 marquèrent le début du retrait des forces étasuniennes du Viêt Nam et la fin des bombardements. Ces accords ne furent qu’un marché de dupes, puisque les communistes nord-vietnamiens profitèrent de ce désengagement US pour intensifier leurs infiltrations au Sud, toujours via le Laos, et lancer leur offensive finale du début de 1975. Fatidique et dramatique année que cette année-là, qui vit l’ensemble de l’ex-Indochine Française basculer dans l’interminable nuit communiste, marquée par tant de drames et de tragédies sans nom. Le 17 avril, après un long et terrible siège, Phnom Penh, la capitale du Cambodge, tombait aux mains des fanatiques Khmers Rouges. Eux aussi étaient une émanation du communisme nord-vietnamien. Mais, leur nationalisme xénophobe les avait fait rompre, quelques années plus tôt, avec leur encombrant allié. Cette rupture allait provoquer, trois années plus tard, la première guerre entre États communistes, qui se solda par l’occupation vietnamienne du Cambodge. Le 30 avril, les troupes régulières nord-vietnamiennes, déguisées en « Viêt Cong », s’emparaient de Saigon, la capitale du Sud. Par une humiliante ironie, les nouveaux maîtres devaient rapidement la rebaptiser « Hô Chi Minh Ville », du nom de l’ancien leader nord-vietnamien, décédé six ans plus tôt. L’année suivante, la fiction d’un Sud « libéré » par les Sudistes disparaissait définitivement, avec l’unification officielle du Viêt Nam sous le nom de « République Socialiste du Viêt Nam », Hanoï en devenant la capitale.
La Laos bascula plus lentement. Le gouvernement d’union nationale se maintint encore quelques mois. Mais, le 2 décembre, les masques tombèrent. Le Neo Lao Hak Xat, qui contrôlait déjà le pays et la réalité du pouvoir, contraignit le prince Souvanna Phouma à démissionner. Les politiciens proaméricains s’enfuirent en Thaïlande. La République Démocratique Populaire Lao fut proclamée et le prince Souphanouvong devint son premier président. Fonction purement honorifique, puisque la réalité du pouvoir était détenue par le secrétaire-général du parti, Kaysone Phomvihane. Le changement de régime au Laos fut à peine commenté par les grands médias internationaux, qui avaient pourtant fait leur Une, des jours durant, de la chute de Phnom Penh et Saigon, 7 mois auparavant. Je me souviens avoir lu, alors, un bref article dans « Le Monde », en pages intérieures. La même indifférence internationale ignora longtemps la présence des troupes vietnamiennes au Laos. Cette occupation de fait du pays permit au régime communiste de Kaysone de perdurer, malgré l’exode massif de centaines de milliers de Laotiens à travers le Mékong, le fleuve qui délimite la frontière avec la Thaïlande. Cette présence militaire vietnamienne permit aussi de contenir puis de réduire la résistance armée anticommuniste, en particulier celle de la minorité Hmong, au nord du pays. Pour ce faire, des bombardements chimiques furent utilisés (la fameuse « pluie jaune »). Là encore, les réactions internationales furent inaudibles. Des milliers de fonctionnaires, d’anciens militaires et de bonzes furent envoyés en « séminaires » (pudique appellation des camps de rééducation). Nombre d’entre eux n’en sont jamais revenus, à l’instar du roi, de la reine et du prince héritier[7] qui, eux aussi, connurent ce sort tragique.
La fin de guerre froide puis la disparition de l’Union Soviétique ne permirent pas au Laos de retrouver sa liberté. Ce pays fait aujourd’hui partie des cinq derniers États communistes de la planète[8]. Infortuné peuple lao ! Rien ne le prédestinait à figurer parmi les derniers à subir le joug communiste. Ce peuple de paysans n’avait pourtant pas attendu Karl Marx et Lénine pour expérimenter une sorte de communautarisme agraire, des siècles durant. Le Laos n’avait pas de classe ouvrière, et il ne comptait pas de grandes propriétés avec employés agricoles asservis, comme aux Philippines. La seule et unique raison pour laquelle le Laos est devenu communiste – et l’est demeuré jusqu’à ce jour – c’est sa proximité géographique avec le Viêt Nam. Ce dernier pays compte aujourd’hui plus de 90 millions d’habitants, pour 331 000 km². Le Laos, avec 236 000 km², a moins de 7 millions d’habitants, y compris une forte minorité d’origine vietnamienne. L’avenir de ce paisible pays semble donc scellé. Tant que le voisin vietnamien restera communiste, le peuple laotien continuera à subir ce régime imposé de l’extérieur. En Afrique, des pressions internationales ont contraint les pires dictatures à passer la main ou à ouvrir l’espace politique à des partis d’opposition. Au Cambodge voisin, ces mêmes pressions ont contraint le Viêt Nam à retirer ses troupes en 1989 et, après une transition supervisée par les Nations Unies, un système multipartite y a été mis en place. Certes, Hun Sen, l’ancien chef communiste provietnamien, est toujours le chef du gouvernement. Mais la monarchie a été restaurée, et l’opposition joue son rôle. D’opposition, il n’en est nullement question au Laos. 36 années après la proclamation de la RDPL, 19 années après la mort de Kaysone, le parti révolutionnaire populaire lao[9] continue de régner en maître. Le régime de Vientiane est toujours un régime à parti unique, comme au bon vieux temps. Certes, le Laos s’est ouvert économiquement depuis la fin des années 80. Il est même devenu une destination touristique à la mode. Mais cette ouverture a surtout profité aux apparatchiks du parti, qui se sont enrichis en faisant affaire avec des capitalistes sino-thaï venus de Thaïlande pour investir dans tous les secteurs de l’économie laotienne. Comme en Chine, comme au Viêt Nam, on a assisté à la naissance d’un capitalisme sauvage, drapé des oripeaux du communisme. Mais, si ce système hybride a permis un réel décollage économique en Chine et au Viêt Nam, ce ne fut pas le cas du Laos, qui demeure l’un des pays les plus pauvres de la planète.
Aujourd’hui, nombre d’anciens réfugiés, ou d’enfants de réfugiés, rentrent d’Amérique ou d’Europe pour tenter leur chance dans leur pays d’origine. Il faut donc espérer que leur influence permettra un jour au Laos de s’ouvrir politiquement, et de décoller économiquement. Pour ma part, je continue à avoir la nostalgie du pays du Millions d’Éléphants, et je pense fort à lui, en ce 2 décembre.
(Auteur de trois livres: « Kadogo, Enfants des guerres d’Afrique centrale », l’Harmattan, 2003; « Chroniques africaines de guerres et d’espérance », Editions Persée, 2006; « Chroniques d’un ailleurs pas si lointain – Réflexions d’un humanitaire engagé », Editions Persée, 2010)

[1] Front Patriotique Laotien, connu internationalement sous le nom de « Pathet Lao » (surnom impropre, puisqu’il signifie tout simplement « pays lao »).
[2] De son vrai nom (vietnamien) Nguyen Cai Song (1920-1992)
[3] Souvine Souphanouvong (1909-1995), premier président de la République Démocratique Populaire Lao (1975-1991)
[4] Souvanna Phouma (1901-1984), chef du gouvernement à trois reprises (1956-58, 1960 et 1962-75)
[5] Boun Oum Na Chapassak (1912-1980), chef du gouvernement à deux reprises (1948-49 et 1960-62)
[6] Le terme vietnamien « viêt cong » désigne la guérilla communiste sud-vietnamienne qui lutta contre le régime de Saigon et son allié US. Le terme « viêt minh », quant à lui, désigne la guérilla qui lutta contre la présence française jusqu’en 1954.
[7] En 1977, le roi Sri Savang Vatthana (né en 1907) fut envoyé en camp de rééducation, en compagnie de son épouse la reine Khamphoui et de leur fils aîné le prince Vong Savang. Leur mort ne fut jamais ni annoncée ni confirmée par les autorités de Vientiane.
[8] Avec Cuba, la Corée du Nord, la Chine et le Viêt Nam.
[9] Nom actuel de l’ancien Neo Lao Hak Xat des années de guerre



Hervé Cheuzeville - Les Royaumes méconnus : (2) Le Lane Xang in Vexilla Galliæ

Lire aussi l'article d'Hervé Cheuzeville du 6 mars 2012 : Retour au Laos