Qui ne risque rien n'est rien… sur le chemin de Damas, alors que les opinions ont cédé face aux certitudes…
on ne le dit assez : un âge n'en chasse pas un autre, tous les âges qu'on a vécu coexistent à l’intérieur de soi, ils s'empilent, et l'un prend le dessus au hasard des circonstances.

dimanche 27 août 2017

Sa Majesté l’Empereur Haïlé Sélassié, un homme d’État de stature internationale



27 août 1975 : mort de Haïlé Sélassié Ier, Empereur d'Éthiopie,
Roi des rois, Lion de Juda,
Défenseur de la Foi chrétienne,
Force de la Trinité,
Élu de Dieu




Un homme petit et frêle, d’une altière raideur dans sa démarche, monte à la tribune. Le visage respire l’autorité et l’intelligence. Le front large est auréolé par des touffes de cheveux crépus, à peine blanchis par l’âge ; la barbe, drue, accentue la forme triangulaire du crâne. Tout en lisant un texte d’une voix monocorde, l’orateur tourne de temps à autre vers l’assistance un regard empreint d’une grande mélancolie. Une centaine de rois, de présidents de république, de chefs de gouvernement, de ministres et d’ambassadeurs l’écoutent dans un profond silence, avec une attention soutenue. À la fin de son discours, l’empereur Haïlé Sélassié quitte la tribune de la conférence des pays non alignés, applaudi chaleureusement par les représentants de quelque cinquante-sept États d’Afrique, d’Asie, d’Europe et d’Amérique.

Visiblement, le souverain éthiopien est tenu en haute estime par ses pairs, qui ressentent le besoin de le consulter toutes les fois qu’une décision importante est à prendre. À quoi attribuer l’étonnant prestige dont il dispose ? Le régime établi à Addis-Abéba, vieille monarchie héréditaire de droit divin, n’a que peu sinon aucun rapport avec les systèmes de gouvernement mis en place dans les pays récemment émancipés.

L’orientation, en matière de politique intérieure, de l’empereur ne coïncide pas avec celle, par exemple, des autres chefs d’État africains, qu’ils soient « modérés » ou « révolutionnaires ». L’Éthiopie n’appartient à aucune des deux Afrique en présence ; ni « noire » ni « blanche », elle occupe une place à part tant sur le plan ethnique que religieux. Pourtant, Haïlé Sélassié, « Roi des rois, lion de Juda, défenseur de la foi chrétienne, force de la Trinité, élu de Dieu », est un homme respecté et écouté d’un bout à l’autre de l’Afrique, du Caire à Bangui, de Conakry à Rabat.

Pour les Africains, l’empereur symbolise sans doute, dans une large mesure, la continuité et le courage. Deux cent cinquante-cinquième descendant de la reine de Saba et du roi Salomon, il préside aux destinées d’un pays qui peut se prévaloir, non sans orgueil, de trois mille ans d’indépendance et de résistance aux tentatives d’hégémonie étrangère. Au lendemain de la première guerre mondiale, l’Éthiopie fut le seul pays africain représenté à la Société des Nations, alors que la quasi-totalité du continent était encore soumise à la tutelle de diverses puissances européennes.

L’appartenance du Royaume à l’organisation internationale ne lui permit pas d’obtenir des concours suffisants pour repousser l’agression mussolinienne. Mais qui a oublié le visage tragique de l’empereur plaidant la cause de sa patrie à Genève ? La dignité avec laquelle il avait subi les humiliations et l’exil ? La volonté tenace qu’il manifesta pour chasser l’envahisseur ? L’opinion antifasciste en Occident s’en était émue, mais certainement pas autant que les nouvelles élites nationalistes qui germaient déjà dans ce qu’il est convenu d’appeler aujourd’hui le « tiers-monde ». Ce « tiers-monde », venu à maturité, se souvient encore de l’homme, abandonné de tous, qui tint tête à une formidable coalition de forces pour défendre le droit, depuis universellement admis, des peuples à l’autodétermination et à l’indépendance.

L’empereur Haïlé Sélassié n’a pas voulu se cantonner dans le rôle d’un pionnier de l’anticolonialisme. Le cruel isolement dans lequel s’était trouvée l’Éthiopie au moment de l’invasion italienne l’incite, dès la fin de la Deuxième Guerre mondiale, à rechercher amitiés et appuis à l’étranger. Bien avant que les déplacements de chefs d’État ne deviennent pratique courante dans les relations internationales, le « Roi des rois » a inlassablement sillonné le monde, visitant les unes après les autres les capitales occidentales des deux hémisphères, les pays communistes, l’U.R.S.S. en tête, des États sud-américains, arabes et africains. L’Empereur appliqua, avant la lettre, une politique de non-alignement et de coexistence pacifique.

Son attitude fut particulièrement appréciée en Afrique, où il ne fit aucune distinction entre pays « révolutionnaires » et « modérés », entretenant avec les uns et les autres d’excellentes relations. Il peut ainsi se prévaloir de l’amitié d’hommes aussi différents que M. Houphouët-Boigny et le président Nkrumah, que M. Ben Bella et Hassan II.

La confiance qu’on lui témoigne trouve son origine dans son action persistante contre l’injustice, sous toutes ses formes. Malgré les encouragements qu’on lui prodigue au moment de l’affaire de Suez, l’Empereur se refuse à faire obstacle à la construction du haut barrage d’Assouan sur le Nil, dont les sources se situent en Éthiopie. Il normalise ainsi ses rapports avec le président Nasser. Lors de la crise congolaise, il se dresse spontanément contre les menées séparatistes au Katanga et met à la disposition de l’O.N.U. des unités d’élite de l’armée éthiopienne. En août dernier encore, il a opposé une fin de non-recevoir à M. Tschombé, qui lui demandait une aide militaire destinée à sévir contre les rebelles de Stanleyville.

Partout, il est du côté des mouvements de libération nationale : il reconnaît le G.P.R.A. avant l’indépendance algérienne ; il fournit une aide matérielle aux nationalistes du Kenya, d’Ouganda, de Rhodésie, de l’Angola ; il rompt toutes relations avec le Portugal en guise de protestation contre la politique coloniale de Lisbonne ; il dépose plainte à la Cour internationale de La Haye contre la politique de discrimination raciale pratiquée en Afrique du Sud.

Ce n’est donc pas le fait du hasard si Addis-Abéba a été choisie comme siège de la première organisation panafricaine, l’O.U.A., fondée dans la capitale éthiopienne en mai de l’année dernière.

« L’unité fait la force », avait déclaré l’Empereur lors de la séance inaugurale, en songeant peut-être aux déboires qu’il connut il y a plus de trente ans. Mais loin d’être un « régionaliste » sectaire, conscient aussi des responsabilités et des intérêts bien compris du « tiers-monde », Haïlé Sélassié devait plaider, lors de la conférence des non-alignés au Caire, en faveur de la coexistence pacifique et d’une étroite collaboration internationale, fondée sur l’égalité des partenaires.

De la collaboration souhaitée, le monarque en a donné l’exemple dans son propre pays, qu’il a voulu libre de toute prépondérance étrangère. Il a ainsi fait appel aux capitaux et aux techniciens américains et soviétiques, français, anglais et allemands, japonais et yougoslaves, tchèques et hollandais, pour ne citer que ceux-là, afin de développer les différents secteurs de l’économie éthiopienne. Malgré son amitié pour les pays arabes, il n’hésite pas à confier l’entraînement de la garde impériale à des experts militaires fournis par l’État d’Israël, qu’il a reconnu de jure en décembre 1961.

Ouverte aux influences étrangères, l’Éthiopie demeure paradoxalement, pour des raisons qui tiennent à son histoire et à la nature de son régime, un pays replié sur lui-même. Riche de l’originalité de sa population et des possibilités de développement qu’offrent ses ressources, destiné par sa situation géographique et par le prestige de son souverain à servir de carrefour aux grands courants d’échanges, elle mériterait d’être intimement connue par l’opinion internationale. Le numéro spécial que nous présentons ici n’a d’autre ambition que de favoriser cet objectif. 


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Funérailles de l'empereur Haïlé Sélassié, 25 ans après sa mort, en l'église Baata Mariam Geda.
La dépouille de l'empereur avait été exhumée en 1992, un an après la chute du régime marxiste de Mengistu Haïlé Mariam,
et déposée au mausolée d'Addis-Abeba où reposent l'empereur Ménélik II et trois autres membres de la dynastie.

[photo Andre Maslennikov]

Vingt-cinq ans après la mort du dernier empereur d'Éthiopie, la dépouille d'Haïlé Selassié a été conduite à sa dernière demeure, la cathédrale orthodoxe de la Trinité à Addis-Abeba.

Le patriarche et les évêques, en tenue de cérémonie et arborant d'énormes croix d'or et d'argent, ont célébré une messe à la mémoire du Négus, renversé en 1974, tandis que le cercueil quittait le mausolée du centre de la capitale où il se trouvait depuis huit ans. Après avoir parcouru les rues de la capitale, le cercueil été déposé dans l'après-midi dans un tombeau en granit de la crypte de la cathédrale où il reposera désormais.


Funérailles de l'empereur Haïlé Sélassié, 25 ans après sa mort, en l'église Baata Mariam Geda
où les restes du Négus avaient été conservés depuis 1992 [photo Andre Maslennikov]

Il était enveloppé dans un drapeau national rouge-or-vert et orné du blason personnel de Haïlé Sélassié montrant d'un côté saint Georges, patron de l'Éthiopie, tuant un dragon, et, de l'autre, le Lion de Juda.

Des prières ont retenti dès l'aube à travers la ville, où des centaines de personnes ont pleuré en le voyant sortir du mausolée. De vieux guerriers arborant crinières de lion, boucliers et épées traditionnels ont formé une garde d'honneur pour le "ras Tafari" qui, en 1930, avait été couronné en grande pompe sous le nom de Haïlé Sélassié Ier.


Funérailles de l'empereur Haïlé Sélassié, 25 ans après sa mort, en l'église Baata Mariam Geda
où les restes du Négus avaient été conservés depuis 1992 [photo Andre Maslennikov]


Haïlé Sélassié, vénéré comme un dieu par les Rastafaris à travers le monde, est mort à l'âge de 85 ans en 1975, assassiné ou abandonné sans soins par les officiers marxistes qui l'avaient déposé en prenant le pouvoir un an plus tôt.

Ses restes avaient été enterrés sous des toilettes du Palais impérial, affront caractérisé à un homme qui avait exercé un pouvoir à peu près absolu pendant 44 ans.

La dépouille de l'empereur avait été exhumée en 1992, un an après la chute du régime marxiste de Mengistu Haïlé Mariam, et déposée au mausolée d'Addis-Abeba où reposent l'empereur Ménélik II et trois autres membres de la dynastie.

Modernisateur ou despote ?

Haïlé Sélassié avait cependant exprimé le souhait de reposer dans le tombeau de son choix à la cathédrale de la Trinité. Sa famille, dont presque tous les membres vivent en exil, s'est donc employée, en concertation avec l'Église orthodoxe, à organiser sa ré-inhumation dans un tombeau de granit qui voisine avec celui de son épouse, l'impératrice Menen.

"Bien qu'ils t'aient tué et qu'ils aient jeté ton corps dans une tombe anonyme, ils n'ont pu ternir ton image. Tu es un grand dirigeant, tu as tant fait pour ton pays et pour l'Afrique", a déclaré un prêtre orthodoxe durant la messe célébrée devant le mausolée de Ménélik.

La tradition veut que la lignée du 225e monarque éthiopien remonte à plus de 2 000 ans et que Haïlé Sélassié soit un descendant direct du roi Salomon et de la reine de Saba.

Ses admirateurs célèbrent en lui un modernisateur qui favorisa l'éducation et les indépendances africaines. Mais il fut aussi le maître d'un système féodal qui maintint la majorité de ses sujets dans une misère profonde. L'actuel gouvernement éthiopien a publié mardi un violent réquisitoire contre son règne, en le qualifiant d'oppresseur et en l'accusant d'avoir placé à l'étranger d'énormes sommes d'argent.

Une famine catastrophique fit des centaines de milliers de morts durant les dernières années de son règne, et son autorité morale fut entamée par des images de télévision où on le voyait nourrir ses lions domestiques et ses chiens avec de la viande de premier choix pendant que la population connaissait la disette.

Si l'on a pu assister dimanche à des scènes chargées d'émotion, peu d'habitants étaient alignés sur l'itinéraire suivi par le cortège et seuls quelques milliers s'étaient rassemblés sur l'immense place Meskel pour voir le cercueil.

Rita Marley, veuve du musicien de reggae Bob Marley, était au nombre des Rastafaris venus assister en Éthiopie aux funérailles de l'Empereur. Beaucoup d'entre eux croient pourtant Haïlé Sélassié immortel et pensent que la dépouille inhumée dimanche appartient à une autre personne.

Malgré ses titres glorieux, le "Roi des rois" et sa famille n'ont jamais demandé à ce qu'il soit reconnu d'essence divine.

(Reuters, Addis-Abeba, dimanche 5 novembre 2000 )

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Officiers de la Garde impériale en grand uniforme et médailles à la poitrine, anciens combattants en tenue traditionnelle de bravoure et dignitaires de l'Église orthodoxe ont répondu présent dimanche pour enterrer dignement avec la famille impériale le dernier empereur d'Éthiopie.

Mais 25 ans après la mort dans des circonstances toujours mystérieuse du Négus, renversé un an plus tôt par de jeunes officiers, Addis-Abeba paraissait indifférente et le peuple éthiopien n'était pas au dernier rendez-vous.

Seulement quelques milliers d'habitants de la capitale se sont déplacés pour assister, plus par curiosité que par ferveur, à une procession de plusieurs heures dans les rues de la ville.

Les cérémonies ont commencé à l'aube dans l'église Baata Mariam Geda où les restes du Négus avaient été conservés depuis 1992 après avoir été exhumés d'une fosse où ils avaient été jetés par les dirigeants de la Révolution de 1974.

Tout le synode de l'Église orthodoxe éthiopienne était présent dans la petite église où est enterré l'empereur Ménélik II.


Funérailles de l'empereur Haïlé Sélassié, 25 ans après sa mort, en l'église Baata Mariam Geda
où les restes du Négus avaient été conservés depuis 1992
Le patriarche de l'Église orthodoxe, l'abouna Paulos,
à sa droite les survivants de la famille impériale, et à sa gauche les dignitaires de l'Église,
[photo Andre Maslennikov]

Après les prières, le patriarche de l'Église orthodoxe tewahedo éthiopienne, l'abouna Paulos, avec à sa droite les survivants de la famille impériale, dont la fille, les petits fils et petites filles de l'Empereur, et à sa gauche les dignitaires de l'Église, a rendu un hommage appuyé à Haïlé Sélassié Ier, soulignant sa "contribution remarquable pour l'Éthiopie, l'Église, l'Afrique et le monde entier".

Environ un millier de personnes étaient venues là dire une prière devant le cercueil du dernier empereur de la dynastie salomonienne, recouvert du drapeau impérial, vert, jaune, rouge, frappé des armoiries impériales et de l'étoile de David.

Parmi eux, le sergent Abera Gebremariam, 62 ans, ancien de la Garde impériale qui a servi au Congo. "C'est comme si je renaissais", a-t-il déclaré à l'AFP. À côté de lui, le colonel Teklemariam Abairé, 86 ans dont plusieurs décennies au service de l'armée de Haïlé Sélassié.

Porté ensuite par des anciens combattants, lance en main et vêtus du costume traditionnel de couleurs vives, le cercueil orné d'une croix d'œillets, prend place sur un véhicule décoré aux couleurs éthiopiennes, pour un périple d'une dizaine de kilomètres.

Premier arrêt, place Meskel (place de la Croix), au centre d'Addis-Abeba.


Funérailles de l'empereur Haïlé Sélassié, 25 ans après sa mort, en l'église Baata Mariam Geda
où les restes du Négus avaient été conservés depuis 1992 [photo Andre Maslennikov]

L'ancienne place de la Révolution, lieu traditionnel des rassemblements de masse, paraît clairsemée, malgré la présence de deux à trois mille personnes. Parmi elles, quelques Rastafaris qui considèrent Haïle Sélassié comme un dieu, dont la veuve du chanteur Bob Marley, Rita Marley. "Haïle Sélassié est mort physiquement, mais reste vivant spirituellement", dit-elle.

La prière est suivie d'un court discours de l'un des petits fils de l'Empereur, Beide Mariam Mekonen Haïlé Sélassié qui provoque un mouvement de curiosité. L'assistance qui tente d'entrevoir cet héritier possible du Trône qui vit au Canada, est rassurée par la qualité de l'amharique dans lequel il s'exprime pour les remercier de leur présence.

"Après toutes ces années, c'est un soulagement pour la famille, nous sommes très content", déclare-t-il à la presse en français.

"Le peuple a toujours été là malgré la propagande diffamatoire", affirme-t-il.


Funérailles de l'empereur Haïlé Sélassié, 25 ans après sa mort, en l'église Baata Mariam Geda
où les restes du Négus avaient été conservés depuis 1992 [photo Andre Maslennikov]


En revanche, les autorités seront absentes de toutes les cérémonies. Le gouvernement éthiopien dirigé par Meles Zenawi a autorisé la manifestation, établi un service d'ordre, mais réitéré publiquement ses critiques vis-à-vis du bilan qu'il considère désastreux du règne de l'Empereur. Quant aux médias gouvernementaux, radio et la télévision notamment, ils ont fait l'impasse sur l'évènement.

La procession a repris en direction de l'église Saint-Georges où Haïle Sélassié avait été couronné en 1930, pour se terminer à l'église de la Trinité (Haïle Sélassié signifie en amharique : puissance de la Trinité) où son corps reposera définitivement. Là une foule plus compacte et le corps diplomatique étaient réunis pour un dernier adieu au "Roi des rois" déposé dans le caveau impérial.

Renversé par un coup d'État militaire en septembre 1974 après 44 ans de règne, le Négus est mort à l'âge de 83 ans, dans la nuit du 26 au 27 août 1975. Le décès a été attribué officiellement à une "défaillance circulatoire", mais pour la majorité des historiens, Haïlé Sélassié a été assassiné par le nouveau régime révolutionnaire dirigé par Mengistu Haïlé Mariam, aujourd'hui en exil au Zimbabwe.

(Source AFP, Addis-Ababa, dimanche 5 novembre 2000, 15h10)


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Vingt-cinq ans après sa mort, l'Éthiopie a offert de nouvelles funérailles à son dernier empereur, le négus Haïlé Sélassié, dont les restes reposent désormais dans une crypte de la cathédrale de la Trinité à Addis-Abeba.


Funérailles de l'empereur Haïlé Sélassié, 25 ans après sa mort, en l'église Baata Mariam Geda
où les restes du Négus avaient été conservés depuis 1992 [photo Andre Maslennikov]

Devant le haut-clergé copte éthiopien, des vétérans du conflit de 1936-41 contre l'occupation italienne ont porté le cercueil du Négus, recouvert du drapeau impérial rouge, vert et or, dans la cathédrale.

Quelques milliers d'Éthiopiens avaient assisté au passage du cortège funèbre, qui a quitté l'église de Baata Mariam Geda, où l'Empereur reposait depuis 1992, pour rejoindre la place Meskel, la principale place d'Addis-Abeba d'où le petit-fils d'Haïlé Sélassié s'est adressé à la foule.

"Nous voulons réhabiliter son nom, mais pas seulement son nom, celui de l'Éthiopie aussi et notre propre histoire", expliquait Wolde-Semait Gebre-Wold, ancien responsable officiel du temps du Négus et l'un des principaux organisateurs de ces funérailles.

Aucun représentant du pouvoir n'assistait aux funérailles et l'évènement n'avait pas été annoncé par la presse officielle. Le gouvernement du Premier ministre Meles Zenawi, avait autorisé la cérémonie tout en affirmant clairement sa position sur l'héritage du Négus. Le gouvernement, qui n'avait fait jusqu'alors aucun commentaire sur l'Empereur, l'a qualifié la semaine dernière de "tyran et oppresseur".

Le corps de l'Empereur, décédé à l'âge de 83 ans, avait été découvert en 1992 sous une dalle de béton sur le site de son ancien palais, 17 ans après son décès en 1975, alors qu'il était placé en résidence surveillée après avoir été renversé par des officiers marxistes. Ras Tafari Makonnen avait été couronné en 1930 et pris le nom d'Haïlé Sélassié I.

Officiellement, Haïlé Sélassié est décédé à la suite de complications engendrées par des problèmes à la prostate. Mais la Fondation Haïlé Sélassié I, qui a œuvré pendant huit ans pour que le Négus puisse avoir des funérailles dignes du dernier empereur, estime qu'il a été tué. Deux de ses domestiques ont témoigné devant la justice qui souhaite poursuivre les membres du régime du colonel Mengistu Haïlé Mariam (1974-1971) pour la mort des opposants du régime et des fidèles de la dynastie qu'il avait été assassiné.

(Source AP, Addis-Abeba, dimanche 5 novembre 2000, 17h56)


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samedi 4 novembre 2000, 11h27

Le dernier empereur d'Éthiopie Haïlé Sélassié sera enterré dimanche en l'église de la Trinité d'Addis-Abeba, après une procession religieuse dans les rues de la capitale, vingt-cinq ans après sa mort dont les circonstances restent toujours mystérieuses.

Renversé par un coup d'État militaire en septembre 1974 après 44 ans de règne, le Négus est mort à l'âge de 83 ans, dans la nuit du 26 au 27 août 1975. Le décès a été attribué officiellement à une "défaillance circulatoire", mais pour la majorité des historiens, Hailé Sélassié a été assassiné par le nouveau régime révolutionnaire dirigé par Mengistu Haïlé Mariam, aujourd'hui en exil au Zimbabwe.

L'enterrement, dimanche, est organisé par la Fondation pour le Mémorial de l'empereur Hailé Sélassié qui regroupe principalement des anciens dignitaires de son régime. Le gouvernement éthiopien dirigé par Meles Zenawi a donné son autorisation à la manifestation, tout en maintenant publiquement ses critiques vis à vis du bilan désastreux du règne de l'Empereur.

Samedi, à la veille des obsèques, aucun signe ne laissait présager un évènement d'ampleur dans les rues de la capitale éthiopienne. "Les gens d'Addis-Abeba et des environs seront présents", a dit samedi à l'AFP l'un des membres du comité organisateur de la procession, M. Haïlé Mariam.

L'Église orthodoxe a apporté son soutien à ces funérailles de l'"Élu de Dieu, Défenseur de la Foi Chrétienne", qui sont les titres de l'Empereur. C'est sous son règne que l'Église orthodoxe d'Éthiopie (EOC) est devenue un Patriarcat indépendant d'Alexandrie.

Depuis jeudi, des prières sont célébrées dans plusieurs dizaines d'églises d'Addis-Abeba et les monastères du pays.

Le cortège funéraire quittera dimanche matin à l'aube l'église Taeka Negast Baata Mariam Geda où les restes du Négus avaient été transportés en 1992. Il empruntera ensuite un itinéraire d'une dizaine de kilomètres menant à la place Meskel, puis à l'église Saint-Georges, pour rejoindre enfin l'église de la Trinité (Haïlé Sélassié signifie en amharique : Puissance de la Trinité).

Un service religieux sera alors organisé par le patriarche d'Éthiopie, l'abouna Paulos, auquel ont été conviés les membres du gouvernement, les dignitaires religieux et les diplomates et représentants des organisations internationales, notamment de l'Organisation de l'Unité Africaine (OUA) dont Haïlé Sélassié est l'un des pères fondateurs.

(Source AFP, Addis-Abeba, samedi 4 novembre 2000, 11h27)


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Le mythe de Haïlé Sélassié Ier continue de fasciner, malgré le discrédit constant porté par les dirigeants éthiopiens à l'encontre du dernier empereur d'Éthiopie.

Illustration de ce paradoxe, le Négus, 25 ans après sa mort, aura dimanche des funérailles publiques, mais pas officielles, ni nationales. Certes le régime du Premier ministre Meles Zenawi ne s'est pas gêné pour rappeler publiquement cette semaine le bilan social désastreux des 44 ans de règne de l'Empereur.

Mais l'on sent bien qu'en autorisant enfin une procession sur une dizaine de kilomètres dans la capitale éthiopienne pour s'achever avec le dépôt des reliques du dernier "Roi des rois" dans l'église de la Trinité, les autorités vont aussi laisser s'exprimer un hommage à un symbole de la Nation après les récentes victoires militaires dans la guerre contre l'Érythrée.

"Le mythe est toujours là, de différentes manières. Haïlé Sélassié est toujours en vie, avec nous, son legs est toujours avec nous, il a donné un prestige international à l'Éthiopie et a été un empereur réformateur en modernisant notamment le système éducatif", a expliqué à l'AFP Indrias Getachew, un universitaire qui doit publier prochainement un ouvrage intitulé "Au delà du Trône, le legs durable de l'empereur Hailé Sélassié".

Agé de 28 ans (il n'a pas connu le régime d'Haïlé Sélassié), il prend le contre-pied de l'opinion gouvernementale. Selon lui, durant le règne de l'Empereur, les premières écoles, universités (celle d'Addis Abeba fêtera son cinquantenaire au mois de décembre), le premier hôpital, la compagnie aérienne (Ethiopian Airlines), celle d'électricité, la radio et la télévision, une armée moderne ont été mises en chantier.

"Quel autre leader africain a eu une telle influence profonde non seulement sur le continent et fait une telle impression dans la conscience internationale", renchérit le Britanique Johnatan Niehaus, directeur de publication de Shama Books qui publiera le livre.

Autre facette du mythe, Hailé Sélassié est aussi un dieu pour les Rastafaris, ces Jamaïcains qui ont vu dans l'empereur d'Éthiopie la réincarnation de Jésus-Christ.

La vente des autocollants et des t-shirts à l'effigie du Ras Teferi Mekonen n'a jamais été aussi forte que ces dernières semaines et les jeunes d'Addis-Abeba n'ont jamais cessé de porter des bagues (en or, en argent) avec l'emblème de l'Empereur défunt.

Selon l'historien britannique Richard Pankhurst, spécialiste de l'Éthiopie, la population locale se souvient de l'Empereur comme "d'une figure nationale" tandis que dans le monde occidental, "les générations se souviennent de son discours prononcé devant la Société des Nations (SDN) qui a créé une image de dirigeant opposé à l'expansion du fascisme".

Incapable de résister plus longtemps à l'armée de l'Italie fasciste de Benito Mussolini, le monarque éthiopien avait lancé en juin 1936 à Genève un cinglant avertissement aux puissances étrangères en affirmant que si la SDN ne réagissait pas militairement à l'agression italienne, "elle creusait sa propre tombe".

Enfin, souligne le Dr. Pankhurst, pour le continent africain, durant la période coloniale, Haïlé Sélassié symbolisait "la résistance face à l'Italie" coloniale, "résistance à laquelle se sont identifiés bon nombre de mouvements d'indépendance".

Doyen des hommes politiques africains, il était considéré par ses pairs comme un "sage de l'OUA" ayant le cas-échéant soutenu bon nombre de dirigeants africains, dont l'ancien président sud-africain Nelson Mandela, dans leur lutte pour l'indépendance.

Dimanche 5 novembre, devant la quasi-totalité de la famille impériale et des milliers d'Éthiopiens, celui qui sous son impulsion, favorisa la création, le 25 mai 1963, de l'Organisation de l'unité africaine (OUA) dont le siège central se trouve toujours à Addis-Abeba, recevra un "enterrement décent", selon Indrias Getachew.

En revanche, ses détracteurs soulignent qu'outre un pouvoir impérial absolu, il a fait preuve d'inertie face aux contestations estudiantines et celles des minorités ethniques, l'absence de réforme agraire et surtout de n'avoir pas pu réagir à temps lors de la terrible famine de 1974 dans le Wollo (nord-est) qui fit près de 200 000 victimes.

Beaucoup se souviennent d'une fin de règne pitoyable et des images du reportage du caméraman Jonathan Dimbelby montrant l'Empereur nourrissant avec tendresse ses chiens au plus fort de la famine.

(Source AFP, Addis-Abeba, vendredi 3 novembre 2000, 9h24)


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L'empereur Haïlé Sélassié - qui a été enterré publiquement le dimanche 5 novembre 2000 à Addis-Abeba - est né le 23 juillet 1892 à Egersa Jarso (Harar - est de l'Éthiopie) ;
21 septembre 1916 - Ras Tafari Makonnen devient régent et héritier du Trône ;
7 octobre 1928 - Ras Tafari est nommé Négus (Roi) ;
2 novembre 1930 - Tafari couronné Roi des rois (Empereur) prend le nom d'Haïlé Sélassié ;
3 octobre 1935 - Début de l'invasion italienne ;
Mai 1936 - Exil d'Haïlé Sélassié en Angleterre ;
20 janvier 1941 - Retour de l'Empereur en Éthiopie ;
5 mai 1941 - Retour à Addis-Abeba ;
19 mai - Capitulation italienne ;
19 décembre 1944 - L'Éthiopie reprend les attributs d'un État souverain ;
10 juillet 1951 - Vote de la constitution fédérant l'Érythrée et l'Éthiopie ;
14 décembre 1960 - Tentative de putsch du général Mengistu Neway ;
14 novembre 1962 - L'Érythrée devient province éthiopienne ;
25 mai 1963 - Signature de la charte de l'Organisation de l'Unité Africaine (OUA) à Addis-Abeba ;
Mars 1964 - Début de l'irrédentisme érythréen ;
3 mars 1969 - Fermeture de l'université après des troubles étudiants ;
26 décembre 1970 - État d'urgence décrété en Érythrée ;
1973 - Famine ;
18 février 1974 - Grève des étudiants et des enseignants ;
26 février - Début du soulèvement militaire ;
7-11 mars - Grève générale ;
5 mai - Dernier discours public de l'Empereur ;
23 juillet - Dernière apparition publique de l'Empereur pour son anniversaire ;
12 septembre - Le Comité militaire d'administration provisoire (DERG) dirigé par Mengistu Haïlé Mariam dépose Hailé Sélassié et institue la loi martiale ;
17 mars 1975 - Abolition de la Monarchie ;
27 août 1975 - mort d'Haïlé Sélassié.

(Source AFP, Addis-Abeba, vendredi 3 novembre 2000, 9h29)


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Numéro spécial du Monde diplomatique : "L’Éthiopie bastion de l'indépendance africaine - Sa Majesté l’Empereur Haïlé Sélassié homme d’État de stature internationale" - À consulter pour découvrir un important dossier sur l'Éthiopie du début des années 60.

Lidj Seyoum Haregot, vice-ministre à la présidence du Conseil, ministre de l’Information par intérim : "La structure politique du paysRévisée en 1955, la Constitution insiste sur les droits et les devoirs du citoyen"

Ato Ketema Yifrou : "La coexistence pacifique active : base de notre politique étrangère"

Jean Doresse : "La plus ancienne nation indépendante du continent africain"

Lidj Seyoum Haregot : "La structure politique du pays à l’échelon national - Le ministère de l’information remplit une triple tâche : éduquer et informer, distraire"

"Cinq siècles d’amitié franco-éthiopienne"

"Le gouvernement met en application un programme d’industrialisation progressive"

"D’Addis-Abeba au port de Djibouti - La ligne gérée par la Compagnie franco-éthiopienne relie le pays a ses principaux débouchés commerciaux"

"Les principales caractéristiques de la voie ferrée"

"Une société française construira deux barrages sur l’Aouache"

"Un rapport sur les industries"

"Un vieil empire résolument tourné vers l’avenir"

"La mise en valeur de la vallée du Sidamo"

"Une ville à la fois typique et moderne"

"Un grand centre d’excursions"

"La légende de la reine de Saba"

"L’O.U.A. repose désormais sur des assises solides"

"La Commission économique pour l’Afrique a commencé ses travaux en 1958"

"Le palais de l’Afrique"

Pierre Terver : "La F.A.O. s’efforce de développer la production et la productivité agricoles"

"Sur de petites unités, les paysans cultivent une grande variété de produits"

"Les deux impératifs du commerce extérieur"

"Ethiopian Airlines fêtera le vingtième anniversaire de sa fondation"

"Une politique sanitaire centrée sur la prévention et l’hygiène"

"Le gouvernement multiplie les centres de développement communautaire"

"Priorité à l’enseignement primaire et à la formation de spécialistes"

André Caquot : "Une religion qui incarne l’esprit national"

Jules Leroy : "Une peinture faite pour instruire"

Georges Tubiana : "Aujourd’hui langue officielle, l’amharique s’est imposé en littérature à la fin du XIXe siècle"

Francis Anfray : "Une individualité accentuée caractérise les monuments du pays"

"À tire-d’aile au-dessus des provinces royales" :Doyenne de l’Afrique indépendante, berceau du Nil bleu, paradis caché de Rimbaud : l’Éthiopie se dévoile peu à peu aux touristes étrangers

"Participer à un safari en Afrique… Quel chasseur de gros gibier n’en a pas rêvé ?"

"Les églises monolithiques de Lalibela"


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Article constitué grâce à l'important dossier assemblé par le père Jean-Luc Duloisy : https://www.facebook.com/jeanluc.duloisy/posts/1646667122024097

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Souvenirs personnels…

C'était en septembre 1973… Chaque soir, vers 18 heures, l'on pouvait croiser dans les rues d'Addis-Abeba la voiture de l'empereur Haïlé Sélassié se rendant à l'office religieux… … Invitation à laquelle impossible de se soustraire : pénétrer un moment dans la cage des lions de l'Empereur… … Voici un pauvre billet de cinq dollars éthiopiens relique de cette époque, peu avant la barbarie communiste… qui en Éthiopie comme très souvent ailleurs en Afrique a précédé la sauvagerie sunnite… Asmara et l'Érythrée étaient encore dans l'Empire d'Éthiopie, malgré les chiftas qui dans le nord imposaient aux autorités l'état d'urgence et un couvre-feu sévère…






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L'Éthiopie célèbre Meskel, la Vraie Croix, celle retrouvée par sainte Hélène…

Fête de l'Exaltation de la Sainte Croix… de Maaloula… à Saint Julien le Pauvre

Addis Abeba EOTC to vote on the 6th Patriarch

Site officiel de l'Église orthodoxe tewahedo éthiopienne

Église éthiopienne orthodoxe

Nouvelles d'Éthiopie et de la Corne de l'Afrique : De Birhan



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vendredi 25 août 2017

Déclaration de Louis de Bourbon, duc d’Anjou, pour la Saint-Louis ce 25 août 2017








Lien pour télécharger la déclaration de Mgr le Duc d'Anjou :
Institut de la Maison de Bourbon : Saint-Louis 2017 : Déclaration de Mgr le Duc d'Anjou



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Déclaration de le Saint Louis, 25 août 2017





Chers Français,

En ce 25 août, fête de mon aïeul Saint Louis, premier laïc canonisé, mais aussi modèle des gouvernants ayant su concilier, par sa foi, les rigueurs du pouvoir et le respect des hommes, nous pouvons, une nouvelle fois nous interroger sur la France.

Quinze siècles d’histoire de la royauté, dont on s’accorde à dire qu’elle l’a fondée et formée, me donnent toute légitimité pour m’exprimer au nom de la tradition dont je suis l’héritier et montrer ce qu’elle peut encore apporter aujourd’hui et pour demain.

En effet, les interrogations et inquiétudes partagées sont grandes.

Fidèle à ma ligne de conduite je m’abstiens de toute polémique vis-à-vis de ceux qui ont en charge les affaires publiques, me plaçant résolument sur un autre plan.

J’observe que la France est soumise à d’importantes tensions. Certaines proviennent de l’extérieur. Elles concernent à la fois sa sécurité mise à mal par des forces hostiles qui voudraient imposer leurs pratiques archaïques par des actes aveugles et barbares au cœur même de notre société et le développement des communautarismes brisant l’unité et la solidarité, piliers constitutifs de la France.

Mais les tensions viennent aussi de l’intérieur quand la France ne semble plus avoir exacte conscience de ce qu’elle est. Entre des repentances sans objet et l’abandon de ses racines gréco-latines et chrétiennes, le pays est plus que dérouté et ne sait plus ni d’où il vient ni sur quoi il s’est bâti.

Dès lors, le doute l’emporte sur l’espérance. La France semble peiner, parfois, à affronter l’avenir d’où le désenchantement qui frappe les Français et notamment les jeunes générations. Certains disent qu’ils n’ont plus d’avenir ou bien un avenir sombre fait de précarité et d’incertitude. Quelle société bien cruelle et contre-nature que celle qui crée un tel découragement chez ses enfants ! Au contraire la politique doit être école d’énergies et d’espoirs partagés collectivement et portés par ceux qui entrent dans la vie active.

Une attitude négative, voire passéiste ou nostalgique d’un passé révolu, une attitude de regret permanent et de résignation, n’aide en rien à construire l’avenir. Cela d’autant plus que la France est, désormais, insérée dans le cadre de la mondialisation. Regarder plus en arrière qu’en avant, arc-boutés sur des pratiques dépassées, ne ferait que jouer en notre défaveur. Bien au contraire, les rois nous ont appris à réagir et à anticiper dans les moments où tout semblait perdu. C’est alors qu’ils ont toujours fait preuve de plus d’audace. Retrouvons donc cet esprit conquérant qui fut celui des grandes heures de l’Histoire de France et qui demeure toujours en chacun d’entre nous.

Il passe par un état d’esprit à retrouver. Il commence par la confiance à redonner à la jeunesse notamment en répondant mieux à ses besoins et attentes, se poursuit par l’acceptation des évolutions et enfin en sachant redonner place aux valeurs et à un certain sens de la gratuité. Or mes déplacements en France au long de l’année et les rencontres que j’y fais dans tous les milieux, me montrent que tout cela est possible même si parfois une chape de plomb semble exister pour décourager les initiatives les plus heureuses. La génération montante me paraît être celle qui porte déjà cette nouvelle approche qu’il convient donc de favoriser.

La jeunesse est le temps de l’initiative et de l’action créatrice. Ces dernières années, elle a montré combien elle savait s’adapter. Ainsi, elle a su maîtriser et comprendre les enjeux des nouvelles technologies avec une aisance naturelle ponctuée d’une grande sagesse en comprenant qu’un instrument n’était pas un but. Elle a su employer la technologie comme un moyen tant pour créer une nouvelle économie, une nouvelle dynamique de travail, que pour recréer des réseaux humains adaptés au nouveau rapport à l’espace et au temps et à la prise en compte de la préservation de notre environnement. Surtout elle sait ne pas être dupe sur leurs limites, afin que la technologie demeure au service de l’homme et du bien commun, et non le contraire. Entrée totalement dans le monde moderne, elle n’en veut pas être esclave. Sur ce point elle est en avance et joue son rôle d’éveilleur et d’éclaireur de notre société.

Cette jeunesse a montré par ailleurs tout son dynamisme, toute sa générosité, toute son exigence dans des combats de civilisation essentiels comme la défense de la vie et de l’intégrité de la personne humaine, de la conception à la mort, la défense de la famille, composée d’un père, d’une mère et de leurs enfants, comme cellule de base de toute société humaine. Les jeunes se retrouvent également dans la défense de la Foi et des valeurs de la Chrétienté, notamment en portant aide et assistance aux Chrétiens d’Orient menacés dans leur existence même par une idéologie barbare.

Voilà l’essentiel et les ferments de l’espérance. En effet, cette nouvelle société déroute peut-être les générations plus anciennes et sans doute, à la différence des plus jeunes, sont-ce elles qui sont le plus angoissées et désenchantées par, finalement, ce qu’elles ont laissé se créer sans le maîtriser. Mais ce changement de paradigme est à l’égal de ceux du passé. Imaginons ce que durent être le passage d’un monde rural à un autre, industriel, au milieu du XIXe siècle ou, trois siècles avant, celui de la société féodale à celle de la Renaissance. Chaque fois cela avait perturbé nombre de certitudes et de conservatisme… de droits acquis, et les nouvelles générations, encouragées par le pouvoir royal, l’ont pris à bras le corps. Personnellement, j’aime m’entretenir avec les jeunes entrepreneurs d’aujourd’hui car il me semble qu’ils sont totalement dans la tradition française qui est d’aller de l’avant. Par le passé, animée par un tel esprit, la France a pu faire triompher son modèle social. Ce qui était important hier l’est encore plus aujourd’hui dans notre société planétaire. Mais il faut aussi savoir raison garder et demeurer prudent face à certaines pratiques. De même qu’il faut repousser toutes les manipulations contre-nature, il convient de faire attention à ne pas créer cette société à deux vitesses que les observateurs dénoncent aussi, à juste titre. La réussite des uns ne doit pas se faire aux dépends des autres. Un pays est une aventure collective. Il ne doit pas y avoir de laissés pour compte. Ce ne serait pas conforme à la tradition française qui a toujours été le pays de l’ascenseur social. Le pouvoir a ainsi une responsabilité notamment en matière d’instruction – donner à chacun, selon ses talents, de quoi s’épanouir – et d’éducation en sachant faire de la formation non pas une matière froide et un simple acquis de connaissance, mais un des éléments de l’éthique qui permet à un jeune de devenir un adulte responsable. Tel est bien ce que ma femme et moi ressentons et que nous voulons transmettre à nos enfants. Ce supplément d’âme est nécessaire. Les décennies passées furent sans doute bien fautives sur ce point, ayant trop privilégié les aspects matériels, la consommation et les profits à court terme. Or l’homme n’est pas qu’un corps dont il faut satisfaire les besoins immédiats et à qui il faudrait octroyer toujours plus de droits, ignorant des devoirs essentiels vis-à-vis des autres et notamment des plus fragiles. Les jeunes adultes rappellent en permanence qu’il y a une nécessité à donner du sens à la vie, à retrouver de saines limites, à voir haut. Ainsi la société d’aujourd’hui et celle de demain seront réenchantées.

Dès lors les notions de solidarité et de bien commun doivent redevenir les moteurs de l’action politique et sociale. Le sens de cette action est celui de l’homme, de l’homme corps et âme, seule vraie mesure de l’action politique. Ce n’est pas un hasard si les deux rois les plus appréciés des Français sont Saint Louis et Henri IV. Le premier a assuré la justice dans un temps où la force primait encore trop souvent sur la justice ; le second a redonné la paix et la prospérité dont le peuple a été le premier bénéficiaire.

Il appartient à chacun de vouloir en faire son mode de vie. Si les institutions peuvent favoriser ou non le développement, ce sont finalement les hommes et les femmes qui par leur travail, leur enthousiasme, leur abnégation, et parfois leur sacrifice, le font concrètement. Nous le voyons actuellement tout particulièrement vis-à-vis du péril extérieur auquel le pays, comme toute l’Europe, est confronté. Ce ne sont ni les mots ni des gestes compassionnels qui peuvent conjurer les dangers, mais l’action concrète sur le terrain et parfois, mais trop souvent hélas ! le sacrifice de nos soldats. Nous comprenons alors pleinement tout le sens d’une action dont l’homme est la finalité car, si certains acceptent d’être blessés et de mourir, ce n’est pas pour des satisfactions matérielles mais bien parce qu’ils savent que la vraie valeur est celle de la défense de la civilisation, de notre Patrie charnelle et spirituelle, et bien sûr de nos femmes et de nos enfants, et cela n’a pas de prix…

En joignant l’esprit d’initiative et de progrès ordonné au bien commun à la volonté de préserver son identité et ses racines, et de maîtriser son destin, la France retrouvera le goût de l’avenir qui lui permettra de renouer avec la gloire qui a fait d’elle un grand pays, modèle pour le monde, modèle que le monde attend. Celui que les rois ont voulu. Celui que l’intercession de Saint Louis dont nous commémorions le 720e anniversaire de la canonisation le 11 août dernier, peut nous faire espérer pour demain.

Louis de Bourbon, Duc d’Anjou
le 25 août 2017




jeudi 24 août 2017

Les cinq lois de la stupidité humaine



"Mundus plenus idiotarum est."
En 1976, un professeur d’histoire économique de l’Université de Californie à Berkeley, Carlo M. Cipolla, a publié un livre décrivant les lois fondamentales de ce qui est pour lui la plus grande menace pour l’humanité : la stupidité. Comme l’explique Quartz, les règles établies par Carlo Cipolla n’ont jamais été aussi pertinentes qu’aujourd’hui. Nous sommes plus que jamais menacés de vivre dans une « idiotcratie ».




Carlo Cipolla, qui est mort en l’an 2000, soulignait que les gens stupides sont nombreux, irrationnels et qu’ils créent des problèmes pour les autres sans en tirer le moindre bénéfice, ce qui affaiblit la société. Il n’y a aucune protection contre la stupidité. La seule façon pour une société de ne pas être emportée par le poids de ces idiots et pour ceux qui ne le sont pas est de travailler plus et plus intelligemment.

Carlo Cippolla avait établi 5 lois immuables de la stupidité.

Loi 1 : Toujours et inévitablement nous sous-estimons le nombre d’individus stupides en « liberté ».

Peu importe le nombre d’idiots que vous imaginez autour de vous, vous sous-estimez invariablement le total. Pourquoi ? Parce que vous partez du principe faux que certaines personnes sont intelligentes en fonction de leur travail, de leur niveau d’éducation, de leur apparence, de leur réussite… Ce n’est pas le cas.

Loi 2 : La probabilité qu’une personne soit stupide est indépendante des autres caractéristiques de cette personne.

La stupidité est une variable constante dans toutes les populations. Toutes les catégories qu’on peut imaginer – de genre, ethnique, religieuse, de nationalité, de niveau d’éducation, de revenus – possèdent un pourcentage fixe de personnes stupides. Il y a des professeurs d’université stupides. Il y a des gens stupides au Forum de Davos, à l’ONU et dans toutes les nations de la terre. Combien y en a-t-il ? Personne ne sait. Voir la Loi 1.

Loi 3 : Une personne stupide est une personne qui crée des problèmes à une autre personne ou à un groupe de personnes sans en tirer pour elle-même le moindre bénéfice.

Cette loi implique qu’il y ait trois autres sortes de personnes. Celles intelligentes dont les actions bénéficient à elles-mêmes et aux autres. Les voyous qui tirent des avantages pour eux-mêmes au détriment des autres. Et ceux qui enrichissent les autres à leur détriment. Les non-stupides agissent de façon inconsistante. Parfois, nous [!!!] nous comportons intelligemment, parfois comme des voyous et parfois contre nos intérêts.

Mais les stupides sont eux constants. C’est pour cela qu’ils sont si dangereux selon Marco Cipolla.

« Les personnes stupides sont dangereuses et créent des dommages avant tout parce que les gens raisonnables ont du mal à imaginer et à comprendre des comportements aberrants. Une personne intelligente peut comprendre la logique d’un voyou. Une rationalité détestable, mais une rationalité… Vous pouvez l’imaginer et vous défendre… Avec une personne stupide, c’est absolument impossible. Une personne stupide va vous harceler sans aucune raison, pour aucun avantage, sans aucun plan et aucune stratégie… Vous n’avez aucune façon rationnelle de savoir quand, où, comment et pourquoi une créature stupide va attaquer. Quand vous êtes confronté à un individu stupide vous êtes complétement à sa merci… ».

C’est votre oncle qui ne peut pas s’empêcher de répandre des « fake news » sur les réseaux sociaux ou l’employé du service en ligne qui va vous raccrocher trois fois au nez et va finir par ne pas régler votre problème et vous en créer d’autres.

Loi 4 : les personnes non-stupides sous-estiment toujours les dégâts que peuvent faire les individus stupides. Elles oublient en permanence que conclure un marché ou s’associer avec des personnes stupides est une erreur très coûteuse.

Nous sous-estimons le stupide à nos risques et périls.

Loi 5 : Une personne stupide est la plus dangereuse des personnes.

Elle est plus dangereuse qu’un voyou car nous ne pouvons rien faire ou presque contre la stupidité. La différence entre les sociétés qui s’effondrent sous le poids de leurs citoyens stupides et celles qui surmontent cette difficulté tient à une chose : leur capacité à produire des citoyens se comportant de façon intelligente dans l’intérêt de tous.

Si dans la population non stupide, la proportion de voyous et de personnes agissant à l’encontre de leurs propres intérêts est trop importante : « le pays devient alors un enfer » conclut Marco Cipolla.


Les 5 lois de la stupidité humaine

Carlo M. Cipolla : The Basic Laws of Human Stupidity

The Idiots among us - The five universal laws of human stupidity

Mike Judge : Idiocracy (2006)




mercredi 16 août 2017

Daesh, dignes héritiers des révolutionnaires français de 1789…



Démythifier l'Histoire officielle…
Daesh n'a rien de commun avec l'islam. Les grands ancêtres authentiques de Daesh sont les révolutionnaires français de 1789. Comment mieux faire comprendre aux générations actuelles ce qu'a été la Révolution française qu'en exposant la folie meurtrière et destructrice de toute marque de civilisation de Daesh… en la mettant en parallèle avec les massacres, pillages, destructions des mois et années qui ont suivi 1789… Merci Thierry Ardisson pour ce magistral témoignage, et votre combat pour l'Histoire…








Le Palais des Tuileries a été incendié par la Commune de Paris en 1871 avant d'être rasé par la République en 1883. Aujourd'hui, combien de Français savent qu'entre le Pavillon de Marsan et celui de Flore s'élevait le Palais des Tuileries qui fermait logiquement le quadrilatère du Louvre ? Dans ce palais qui n'existe plus, parmi tous les héritiers des maîtres des lieux, parmi tous ces Fils de France élevés comme des demi-dieux, aucun n'est monté sur le trône ! Louis XVII, le fils de Louis XVI. Séquestré dès l'âge de huit ans à la Prison du Temple, victime d'un véritable lavage de cerveau, "Chou d'Amour" finira par affirmer que sa mère, la Reine Marie-Antoinette, l'a obligé à coucher avec elle ! Napoléon II, le fils de Napoléon l". Exilé à Vienne, étouffé par la Cour des Habsbourg, l'Aiglon ne peut oublier qu'il est l'héritier du Roi des Rois, celui qu'ils appellent l'Ogre, il se laissera mourir à vingt et un ans... Louis-Philippe II, le fils de Louis-Philippe l Beau, intelligent, courageux et passionné par les problèmes sociaux, le Duc d'Orléans aurait pu instaurer en France une Monarchie moderne, mais il se tuera à Neuilly dans un stupide accident de calèche, à l'âge de trente et un ans ! Henri V, le petit-fils de Charles X. Fils posthume du Duc de Berry, "l'Enfant du Miracle" est élevé par la fille de Louis XVI qui lui inculque une vision telle de la Monarchie que lorsqu'en 1873 une réelle possibilité de Restauration E se présente, le Comte de Chambord la fait échouer en refusant le Drapeau Napoléon IV, le fils de Napoléon III. "Loulou" veut être un grand héros, un vrai Bonaparte, mais l'Armée Française ne veut pas de lui, alors il s'engage dans la British Army pour partir en Afrique du Sud où il sera bêtement tué à vingt-trois ans par les Zoulous, un suicide ! Dès la sortie de son fameux Louis XX en 1986, Thierry Ardisson s'était promis de raconter l'histoire de ces cinq petits dauphins qui n'ont jamais régné : les Fantômes des Tuileries. La voici.





mardi 15 août 2017

15-Août : Assomption de notre reine, la Vierge Marie et fête de la France…


Combien de fois la sainte Vierge a su défaire les nœuds les plus étroits de notre histoire ? Rappelons nous en ce 15 août, que la dévotion à Marie a déjà sauvé la France. Le plus pertinent à citer ces temps-ci, aux vues du terrorisme instauré par l’islam de Daesh, sera la bataille de Lépante. Un affrontement meurtrier entre monde chrétien et monde musulman : la victoire est donnée, contre toute attente à la flotte occidentale contre la flotte musulmane dite insubmersible. Et comment ? Grâce à l’appel universel du pape, exhortant la chrétienté à prier le Rosaire. C’est le Rosaire qui donne la victoire, il est une véritable croisade non sanglante.

Le salut de la France meurtrie serait donc entre nos mains ? N’en doutons pas, la prière triomphe de tout. En 1637, Louis XIII prévoit cette consécration à la sainte Vierge comme offrande pour obtenir la venue d’un héritier, qu’il obtint promptement. 2017 approche, et l’avenir de la France est incertain : prions donc le rosaire afin d’obtenir un bon chef d’État.

Il appartient à chaque enfant de France de prier…







Louis-Alexander Désiré chante l'Ave Maria


C'est Louis XIII qui fait du 15-Août la fête de la France…

Louis XIII et Anne d'Autriche sont mariés depuis 1615… mais leur premier enfant ne naît qu'en 1638, après 23 ans de leur mariage. Lorsque en février 1638, il  apprend que la reine est enfin enceinte, Louis XIII signe à Saint-Germain-en-Laye des lettres patentes plaçant le Royaume "sous la protection spéciale de Marie, mère de Jésus".

Le 5 septembre 1638, la naissance de ce premier enfant au château de Saint-Germain-en-Laye apparut comme miraculeuse… L’enfant, le futur Louis XIV, fut prénommé Louis Dieudonné, car on voyait en sa venue une grâce du ciel après le vœu de Louis XIII et la consécration de la France à la Vierge Marie. Deux ans plus tard naissait Philippe, futur duc d'Orléans.

Le 15 août 1638, partout dans le Royaume on avait célébré la consécration faite par Louis XIII à la Vierge, en lui remettant "sa Personne, son État, sa Couronne et ses Sujets".

Des processions en l'honneur de la Vierge et de la France ont désormais lieu dans tout le pays, tous les ans, le 15-Août. Des pèlerinages sont organisés, des enfants consacrés à Marie. Une fête qui reste très importante, dans un pays encore massivement catholique…

Le jour que l'on pourrait donc qualifier de « fête nationale de la France » reste bien le 15-Août, ce jour consacré à la Vierge Marie, toujours férié aujourd'hui, à la fois fête religieuse importante et fête dynastique. Temporel et spirituel se confondant, le Roi l’est "de droit divin", associer le religieux et le politique semble non seulement naturel mais souhaitable.


Consécration de la France à la Sainte Vierge : Texte du vœu prononcé par Louis XIII le 10 février 1638











Le 14 août au soir, procession sur les quais de la Seine
en direction de l’embarcadère des bateaux


Notre-Dame de Paris et le vœu de Louis XIII, une dévotion contemporaine

Le 10 février 1638, le roi Louis XIII consacre la France à la Vierge. De par ce vœu sont instaurées dans toute la France les processions mariales aux fêtes de l’Assomption, la première à Notre-Dame le 15 août 1638. La cathédrale de Paris devient ainsi le mémorial perpétuel de cet acte de consécration, chaque année y sera commémoré le vœu royal. Certaines années seront plus particulièrement marquées, au rang desquelles : le centenaire, en présence de Louis XV, le tricentenaire et, en 1988, le 350e anniversaire présidé par le cardinal Lustiger alors archevêque de Paris.

Louis XIII prendra aussi parallèlement à ce vœu l’engagement de faire reconstruire le chœur et le maître-autel de Notre-Dame de Paris. Ce chantier, débuté en 1699, ne sera exécuté que dans la dernière partie du règne de Louis XIV. Sera ainsi mis en place un décor baroque grandiose conçu par Hardouin-Mansart et de Cotte, dont subsiste encore aujourd’hui les stalles et, dominant la perspective de la cathédrale, la Piéta de Coustou entourée des statues de Louis XIII, remettant sa couronne et son sceptre à la Vierge, et de Louis XIV.


Louis XIII offrant à la Vierge sa couronne et son sceptre
Chœur de Notre-Dame, Guillaume Coustou, sculpteur, 1715 - © P. Lemaître

Si la tradition du renouvellement du vœu s’est perpétuée (hormis pendant les périodes révolutionnaires), celle de la procession dans Paris s’était éteinte au XIXe siècle au profit d’une procession à l’intérieur de la cathédrale. C’est en 1988, à l’occasion du 350e anniversaire du vœu, que le Père Jacques  Perrier, alors curé-archiprêtre de la cathédrale, réinstaura cette tradition en « sortant » de la cathédrale la statue en argent de la Vierge offerte par Charles X en 1826. Cette procession mariale se perpétue depuis, s’étendant même au fil des années, et parcourt aujourd’hui les Îles de la Cité et Saint-Louis via les quais de la Rive Gauche. Au milieu des 150 000 pèlerins, fidèles et visiteurs qui passeront à Notre-Dame pour ces fêtes de l’Assomption, 5 000 assisteront le 14 au soir à la procession fluviale embarqués dans treize bateaux sur la Seine et plus de 10 000, le 15 après-midi, à la procession dans les rues de Paris. Cette dernière se clôt dans la cathédrale, comme depuis 1638, par le renouvellement du vœu de Louis XIII :

Nous avons déclaré et déclarons que, prenant la très sainte et très glorieuse Vierge pour protectrice spéciale de notre royaume, nous lui consacrons particulièrement notre personne, notre État, notre couronne et nos sujets, la suppliant de nous vouloir inspirer une sainte conduite et défendre avec tant de soin ce royaume contre l’effort de tous ses ennemis, et que, soit qu’il souffre le fléau de la guerre, ou jouisse de la douceur de la paix, que nous demandons à Dieu de tout notre cœur, il ne sorte point des voies de la grâce qui conduisent à celles de la gloire.

Si ces célébrations ont toujours été présidées par le cardinal-archevêque de Paris ou l’un de ses auxiliaires, elles le sont depuis plusieurs années par des cardinaux-préfets (en 2010 le cardinal Claudio Hummes, préfet de la Congrégation pour le clergé, en 2011 le cardinal Marc Ouellet, préfet pour la Congrégation pour les évêques et président de la Commission pontificale pour l’Amérique Latine, en 2012 Monseigneur Rino Fisichella, président du Conseil pontifical pour la promotion de la nouvelle évangélisation). Outre l’intérêt particulier porté et renouvelé chaque année par le Saint Père à ces célébrations à Notre-Dame de Paris, il y a dans ces manifestations le signe fort que la nouvelle évangélisation, au travers des prières pour la France, engage l’avenir et s’appuie sur la Vierge au travers de l’acte de consécration de Louis XIII.





15-Août : Assomption de notre reine, la Vierge Marie et fête de la France (2016)…