Qui ne risque rien n'est rien… sur le chemin de Damas, alors que les opinions ont cédé face aux certitudes…
on ne le dit assez : un âge n'en chasse pas un autre, tous les âges qu'on a vécu coexistent à l’intérieur de soi, ils s'empilent, et l'un prend le dessus au hasard des circonstances.

mercredi 14 juin 2017

Avec la Communauté syrienne de France, qalaat Salah al-Din [قلعة صلاح الدين], le château de Saône



Situé dans le cadre splendide du djebel Ansariye, le château de Saône, aujourd'hui dénommé qalaat Salah al-Din [قلعة صلاح الدين], est sans conteste le monument historique le plus impressionnant de la région de Lattakia [اللاذقية]. Un site incontournable pour quiconque visite cette région côtière. Non seulement le château lui-même est spectaculaire tant par sa beauté et son étendue exceptionnelle, mais encore la campagne environnante offre certains des plus beaux paysages de montagne en Syrie.

Épargné par les combats, destructions et pillages récents… dans un cadre spectaculaire, vue plongeante dans les montagnes et les forêts environnantes s'étendant jusqu'à la mer… mais aussi une flore abondante et extraordinairement variée tapissant et le sol et les murs de cette forteresse…




Le magnifique château de Saône, en référence à sa conquête par Saladin en 1188, est désormais officiellement désigné depuis 1957, sous le nom de qalaat Salah al-Din [قلعة صلاح الدين]. Les Croisés l'appelaient château de Saône, devenu en arabe Sahyoun [قلعة صهيون]. Le château actuel date XIIIe siècle, bien que ses origines soient beaucoup plus anciennes. Au début du 1er millénaire av. J.-C., les Phéniciens fortifient le site et le conservent jusqu'en 333 av. J.-C., quand Alexandre le Grand, se dirigeant vers l'Égypte, entre en Syrie. Dans la seconde moitié du Xe siècle les Byzantins, conduits par l'empereur Jean 1er Tzimiskès, avancent en Syrie du Nord, rétablissant le duché d'Antioche, et s'emparent du site de la dynastie hamdamide d'Alep. Les vestiges de leurs fortifications sont encore visibles dans la vieille citadelle qui s'élève sur une petite colline de pierre, au centre de la partie est du château, ainsi que les traces des murs de défense, désormais comprises dans le travail ultérieur, et plus solide, des Croisés.



À l'époque franque comme à l'époque byzantine, le type de châteaux de plan régulier ne fut pas toujours employé.
Une telle régularité ne convenait guère qu'en terrain plat. Mais dans les montagnes, sur les sommets où l'on voulait
tenir fortement un point stratégique important, on s'efforça de faire suivre aux murailles d'enceinte les bords des escarpements.
Ainsi, c'est la disposition du terrain qui commande le tracé du plan et celui-ci est presque toujours fort irrégulier.
Ces vastes enceintes franques qui occupent parfois une superficie de plusieurs hectares (Krac des Chevaliers 2 hectares 1/2 environ,
Margat, Saphet 4 hectares environ, Saône 5 hectares 1/2 environ) se dressent souvent sur une éminence isolée qui a la forme
d'un triangle allongé (Margat, Subeibe, Akkar) ; elles l'occupent entièrement.

Parfois elles sont placées à l'extrémité d'un promontoire en éperon bordé par deux ravins qui viennent se rejoindre ;
pour isoler la forteresse de la chaîne montagneuse que termine l'éperon, on coupe cette chaîne par un fossé profond
(Édesse, Gargar, Ranculat, Saône, Kérak de Moab, Montfort, Bakas, etc.)

À Saône les Francs ayant, pour mieux s'isoler du plateau, creusé dans le roc vif un fossé d'une grande largeur (20 mètres),
ils ont pris soin en faisant ce travail de ménager une aiguille de pierre haute de 28 mètres destinée à servir de pile
au pont lancé par dessus le fossé et conduisant à une entrée de la forteresse. Une aiguille analogue se voit
à Édesse, à Gargar, autre château du comté d'Édesse et à Néphin, château du comté de Tripoli. 

Source : L'Orient-Latin - Les Croisades, les possessions des Ordres Militaires en Orient

Les Croisés occupent d'abord le château au début du XIIe siècle. En 1119, Roger, prince d'Antioche, le confie comme gage féodal à Robert de Saône, de qui il gardera le nom. Les Croisés restent maîtres de la forteresse jusqu'à sa conquête par Saladin, en 1188. Entre-temps, les Croisés y entreprennent d'importants travaux de construction, exploitant les fondations byzantines et lui donnant son aspect actuel. Aux origines byzantines, le château de Saône devient une forteresse grandiose avec ses défenses renforcées par les Croisés qui creusèrent un fossé profond coupant l'éperon rocheux sur lequel elle est assise afin de la rendre inaccessible à d'éventuels assaillants. Un massif donjon carré de 24 m de côté, dominant le front est et se dressant au-dessus de cet abîme artificiel en rendait l'approche bien périlleuse.C'est pourquoi cet exemple d'architecture croisée reste unique, et inhabituel pour cette époque, tant par sa taille extravagante que son exécution.

Sa conquête par Saladin en 1188 est alors surprenante. Saladin avait ignoré d'autres places-fortes croisées majeures dans la région, tels le Krac des Chevaliers et le Qalaat Marqab, pour se concentrer sur des châteaux de moindre puissance, dont la prise s'avérait plus aisée. Toutefois, après avoir occupé Lattakia, Saladin fait le siège du château de Saône. Deux jours après, les murs nord de la cour inférieure sont percés, et les Croisés, en nombre insuffisant, se rendent. On pense que cette place croisée n'abritait qu'une faible garnison destinée à intervenir dans la région en cas d’alerte.

Aux mains des musulmans, la forteresse est d'abord contrôlée par la famille d'un émir allié aux Ayyoubides, les Manguwiri de Naser al-Din, avant d'être repris par le sultan mamelouk Baybars, en 1272, alors que celui-ci faisait campagne pour expulser les Croisés de la région. En 1280, il tombe brièvement aux mains de Sonqor al-Ashtar, gouverneur de Damas, en révolte contre les Mamelouks, mais revient aux Mamelouks sous le sultan Qalaun, successeur de Baybars, en 1287, après un court siège. Son importance stratégique semble ensuite avoir décliné irrémédiablement. Il abrite un temps un village, puis est abandonné.



























Un petit musée au sein du château









L'intérieur de la Grande Citerne de 36 mètres de longueur (au nord, nº 14 sur le plan)

Outre les éléments de défense, les constructeurs d'une forteresse se doivent de prendre des dispositions pour la subsistance de la garnison à l'intérieur de l'enceinte, notamment en cas de siège… C'est ainsi que le château de Saône s'est doté d'un système complexe de collecte et de réserve d'eau. Témoignage de ces réserves, deux hautes citernes voûtées en berceau brisé : l'une près de l'écurie (nº 6 sur le plan), de 17 mètres de long ; l'autre vers le nord (nº 14 sur le plan), de 36 mètres de longueur. La première devait recevoir l'eau, descendant par des canalisations de poterie, des terrasses des grands ouvrages voisins ; l'autre n'est qu'à demi-souterraine ; elle avait sa propre terrasse, d'où l'eau descendait dans ce vaste réceptacle. On observera également l'orifice d'une citerne ou d'un puits dans la basse-cour. Ces châteaux des Croisés avaient aussi des moulins, à vent, à bras ou mus par des animaux. Au Krac des Chevaliers se trouvait sur une tour un moulin à vent. À Sahyoun ont été trouvées dans une salle plusieurs meules de moulin. Ces châteaux avaient aussi un ou plusieurs fours ; des fours ont été retrouvés au Krac des Chevaliers, à Margat et à Kerak de Moab en Transjordanie. Si aucun aucun four n'a été jusqu'à présent trouvé à Sahyoun, il n'est pas douteux qu'il s'en trouvât.







Flore abondante et d'une extraordinaire variété…





Du haut de la forteresse, près de la tour carrée de 24 mètres de côté qui domine le front est (nº 8 sur notre plan et "view point" au nord du donjon) comme à l'arrivée ou au départ pour mieux apprécier, admirons cette prouesse technique majeure réalisée dans la construction de cette citadelle franque : les "ingénieurs" de l'époque ont imaginé d'isoler la forteresse "de la terre ferme" en creusant dans la montagne et à même la roche une tranchée de 150 mètres de long sur 20 mètres de large pour près de 40 mètres en hauteur, tout en conservant au milieu du fossé un monumental pilier monolithique supportant une passerelle pont-levis ! Plus de 50 000 m3 de roche qu'ont dû extraire à la sueur de leur front de vaillants ouvriers, matériaux qui auront contribué à l'édification des fortifications et constructions de la forteresse…







Pilier monolithique dégagé par les déblaiements…
On aperçoit en haut à droite l'ancrage de l'ancienne passerelle reliant la tour principale à l'extérieur.












Le groupe de la Communauté syrienne de France après la visite de la forteresse, en compagnie d'Abou Seliman notre chauffeur
qui nous a déjà accompagnés de Tartous à Damas, puis Palmyre lors de notre voyage précédent en novembre 2016



À proximité du château, se repérer…









2 commentaires:

  1. Peut etre peut-on préciser que ces fosses ont aussi servi de carriere de pierre pour construire le site.
    Merci pour ce reportage passionnant transmis par Jean-Francois.

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