Qui ne risque rien n'est rien… sur le chemin de Damas, alors que les opinions ont cédé face aux certitudes…
on ne le dit assez : un âge n'en chasse pas un autre, tous les âges qu'on a vécu coexistent à l’intérieur de soi, ils s'empilent, et l'un prend le dessus au hasard des circonstances.

samedi 28 janvier 2017

Arrivée à Bab Touma, découverte du vieux Damas… Bab Charqi, rue Droite…



Dès notre arrivée dans cette maison du temps jadis : Beit Zaman, le charme d'un accueil


Nouveau voyage avec la Communauté Syrienne de France… Déjà le sixième proposé… Venant de Beyrouth par la route, arrivée à Damas… Entrée dans la vieille ville par Bab Touma, rue Bab Touma… Installation dans un de ces hôtels de charme tel que seule Damas peut en cacher… Puis, très vite, envie irrésistible, quelle que soit l'heure d'arrivée, quelle que soit la fatigue du voyage de découvrir cette vieille ville de Damas…

Chacun aura immédiatement compris comment s'orienter à Damas… Toute la ville moderne s'est étendue à partir de la vieille ville… Avant toute promenade dans Damas et ses extensions hors de cette vieille ville et la logique de leurs excroissances, familiarisation avec la cité antique. Malgré un enchevêtrement de ruelles qui a priori peut paraître inextricable notamment du fait du relief accidenté de Bab Touma et de ses environs, le plan de la vieille ville se révèlera dans toute sa clarté. Nous nous réfèrerons aux origines de Damas et sa modélisation par les Romains. Une ancienne ville romaine est toujours bâtie autant que possible dans un espace rectangulaire… Ses rues se coupent à angle droit d'est en ouest, ce sont les "decumani" et du nord au sud, les "cardines"… Une ville romaine comprend deux axes principaux : d'est en ouest, le "decumanus maximus" et du nord au sud, le "cardo maximus". Leur intersection marque le centre de la cité.… Ces deux axes restent encore les axes de référence de la vieille ville de Damas.




La Via Recta [la rue Droite, الشارع المستقيم], le "decumanus maximus" reste évident sur tout son trajet actuel et constitue l'axe majeur est-ouest de Bab Charqi [باب شرقي], la porte du Soleil des Romains, à Bab al-Jabiya [باب الجابية‎‎], l'ancienne porte de Jupiter, la principale entrée-est de la ville. Cette artère principale traverse la ville sur une longueur de 1 300 mètres. À l'ouest, c'est aujourd'hui le souk de Midhat Pacha ; à l'est, c'est la rue Bab Charqi qui se termine par l'ancienne porte romaine, entièrement préservée. Bab Charqi, située à l'extrémité de la rue Droite, formait l'issue est du "decumanus maximus" dans la ville antique. Avec l'esplanade qui la précède, elle a retrouvée son ampleur originelle : une ouverture centrale, sur la chaussée, servait aux chars et aux cavaliers ; les deux baies latérales ouvrent sur les trottoirs abrités par les portiques. Le minaret voisin fut construit sous le règne de Nour ed-Din. [Cette porte est, avec Bab Touma, l'une des entrées du quartier chrétien et est donc fortement contrôlée. Ici, aucune autorisation de photographier ne vous sera donnée.]


Bab Charqi








Mémorial du Génocide arménien, rue Droite


Rue Droite : l'Arc romain


L'église Sainte-Marie


Rue Droite, retrouver le plaisir de se faire raser chez un barbier traditionnel…



Rue Droite, il sera notre fournisseur préféré de pistaches, amandes et autres fruits secs…


Les martyrs sont ici aussi toujours présents




La rue Droite, dans le calme d'un vendredi matin





Vieux Damas, sur la rue Droite…
Le "cardo maximus" est à présent moins évident, il irait de Bab al-Saghir [باب صغير], la Petite Porte au sud vers Bab al-Faradis [باب الفراديس‎‎], la Porte du Paradis, là où se situaient sources et jardins sur les rives de la Barada, également nommée aujourd'hui Bab al-Amara [باب العمارة]. De ce "cardo maximus" une fraction deviendra familière à tout visiteur, le souk al-Bzouriyeh [سوق البزورية] qui de la rue Droite permet de rejoindre la mosquée des Omeyyades… C'est aussi sur le souk al-Bzouriyeh, le souk aux épices que se situent le palais Azem [Qasr al-Azem- قصر العظم], le khan Assad Basha [خان اسعد باشا], le hammam Nour ed-Din al-Shaheed [حمام نور الدين الشهيد]…

L'intersection du "decumanus maximus" et du "cardo maximus" marque le centre de la cité… Non loin de cette intersection la grande mosquée des Omeyyades… édifiée dans la vieille ville romaine de Damas devenue capitale de l'Empire omeyyade, cette mosquée se situe à l'emplacement de l'ancienne église Saint-Jean-le-Baptiste (IVe siècle), qui elle-même avait été construite sur l'ancien temenos romain dédié à Jupiter. Dans cette mosquée des Omeyyades nous sommes donc dans le lieu le plus saint de la ville depuis l'Antiquité…

Le temple romain est encore présent dans la mosquée sous la forme de certains murs, des propylées à l'est et des tours aux angles utilisées comme minarets. Par contre, la basilique Saint-Jean-le-Baptiste, édifice de taille plus modeste, fut en grande partie démolie pour gagner de l'espace, excepté un clocher devenu minaret et certains murs extérieurs conservés de l'édifice ancien. Cette démolition n'est intervenue qu'après l'achat de l'église par le pouvoir musulman vers 664.


S'aventurer dans les ruelles de Bab Touma…










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Le charme d'un café d'Antan…


Le calme d'un hôtel de la rue Droite, Beit Zaman [فندق بيت زمان]


Retour pour quelques instants de calme et repos à notre hôtel, avant de nouvelles découvertes… Au cours de nos pérégrinations, nous empruntons immanquablement à maintes reprises la via Recta… « Va dans la rue Droite et demande dans la maison de Judas un nommé Saul de Tarse. » Nous visiterons chapelle Saint-Hananie [كنيسة القديس حنانيا], cette petite chapelle érigée à l'emplacement de la maison où Saint Paul recouvra la vue et fut baptisé. On y découvre aujourd'hui une crypte qui engloberait une partie de la demeure antique. Une série de chromos relate la vie de Saint Paul. Sur les traces de Saint Paul, de Bab Charqi vers le sud en longeant les soubassements de muraille romaine construite de gros blocs nous nous aventurerons vers Bab Kissan (la porte et la fenêtre de Saint Paul) qui marque le lieu où le saint, aidé de ses disciples, aurait quitté la ville par un panier descendu d'une fenêtre pour échapper aux juifs.


Hananie était l'un des premiers disciples du Christ et il est notamment connu pour avoir rendu la vue à Paul qui l'avait perdue lors de son illumination sur la route de Damas. Ne vous étonnez du fait que cette chapelle du sud-est de la vieille ville soit en sous-sol puisqu'il s'agit en fait de l'ancien niveau de Damas ! Dans cette crypte voutée, vous pourrez admirer une bande-dessinée côté transept droit. Ce qu'il faut savoir avant toute chose sur cette chapelle, c'est qu'elle était, semble-t-il, l'ancienne demeure de... Judas ! Et l'on dit que Paul fut baptisé ici même par le disciple Hananie.


La chapelle Saint-Hananie
Paul vient d'arriver à Damas et il est aveugle depuis trois jours. Accomplissant la volonté de Dieu, Hananie va alors trouver Paul, lui impose les mains et lui rend la vue. Paul reçoit aussitôt le baptême. Saint Hananie est fêté le 25 janvier, jour où l'Église catholique célèbre la conversion de Paul.









Maison d'Hananie : la Conversion de Saint Paul




Chapelle Saint-Paul


Saint Paul


Bab Cherqi, en vous rendant à la maison d'Hananie, vous pourrez visiter le palais Nassan [قصر النعسان] 
















Facebook : Madj Nassan



L'hôpital Saint Louis, peu après bab Touma


Un des nombreux restaurants de Bab Cherqi et Bab Touma


Facebook : Bab Sharqi باب شرقي


Carte interactive "Love Damascus" pour y accéder cliquez ICI
(dans cette recherche sur la vieille ville : en vert, les restaurants ; en violet, les hôtels)




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Damas, quartier chrétien incendié : photo Henry Sauvaire (1861), musée d'Orsay


Damas, quartier chrétien incendié : collection photos Henry Sauvaire (1861), musée d'Orsay

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mardi 24 janvier 2017

Sites Éternels, de Bâmiyân à Palmyre, voyage au cœur des sites du patrimoine universel



L'exposition "Sites éternels" se poursuit en ligne

Des développements numériques en ligne, créés à l'occasion de l'exposition du Grand Palais désormais fermée, permettent de rendre compte de l’état des recherches et de perpétuer le souvenir de ces quatre sites archéologiques en danger.

Les contenus dédiés à l’exposition sur grandpalais.fr

Retrouvez les « Mots de l’expo » pour tout savoir sur ces quatre sites archéologiques.

Observez sous tous les angles trois des quatre oeuvres du Musée du Louvre exposées au Grand Palais, grâce à leur numérisation en 3D par l'Agence photo de la Rmn-GP.

Partagez vos photos sur le compte Instagram @souvenirs_sites_eternels pour enrichir notre mémoire de ces lieux. Ce compte Instagram, à vocation pérenne, permet de rassembler et de conserver des clichés de ces sites avant leur destruction. Il permet également aux chercheurs et archéologues de pouvoir conserver une trace de ces monuments fragiles et de les aider dans leur reconstruction.


Les parcours virtuels intéractifs sur le site et l'application Google Arts & Culture :

« Réunion des musées nationaux – Grand Palais » : Google Arts & Culture


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"De Bâmiyân à Palmyre, voyage au cœur des sites du patrimoine universel"
Une exposition présentée au Grand Palais à Paris du 14 décembre 2016 au 9 janvier 2017

L’exposition « Sites Éternels, de Bâmiyân à Palmyre » était à découvrir au Grand Palais du 14 décembre 2016 au 9 janvier 2017. Cette exposition  proposait une immersion au cœur de quatre grands sites archéologiques en danger : la Grande Mosquée des Omeyyades de Damas, le site de Palmyre, le Krak des Chevaliers en Syrie, ainsi que l’ancienne capitale du roi Sargon à Khorsabad en Irak. Cette exploration s’appuie sur le travail de relevés 3D de la start-up française Iconem.




L’exposition avait pour ambition de sensibiliser le grand public à la notion de patrimoine en danger par l’évocation de sites emblématiques et la découverte (ou redécouverte) des splendeurs de quatre grands sites archéologiques actuellement situés en zones de conflit. Répartis principalement sur un territoire qui correspond aujourd’hui à la Syrie et à l’Irak, ces sites n’ont pas seulement subi les « dommages collatéraux » de la guerre, certains ont été attaqués pour ce qu’ils sont, pour l’héritage qu’ils offrent à l’humanité d’aujourd’hui…

- La Grande Mosquée de Damas, édifiée au cœur de la capitale par la dynastie des Omeyyades (661-750), est l’un des plus anciens chefs-d’œuvre de l’architecture islamique ;

- Palmyre, au cœur du désert, à mi-chemin entre la côte méditerranéenne et l’Euphrate, est un ancien relais caravanier dont on retient la splendeur à l’époque romaine mais dont l’existence remonte au IIe millénaire avant notre ère ;

- Le Krak des Chevaliers, château fort datant de l’époque des croisades, situé dans l’ouest de la Syrie, est l’un des châteaux croisés les plus prestigieux et les mieux conservés ;

- Khorsabad, ville de la Haute-Antiquité fondée par le roi Sargon II (713-706 av. J.-C.) dans la province de Ninive, fût l’une des capitales du grand empire néo-assyrien qui domina la plus grande partie du Proche-Orient dans la première moitié du Ier millénaire avant notre ère.

Cette exposition dite "immersive" voulait plonger le visiteur au cœur de ces sites grâce à une projection à 360° au sein de la galerie sud-est du Grand Palais. Le film a été réalisé pour l’essentiel avec des relevés des sites archéologiques en 3D réalisées par la société Iconem, qui poursuit son travail y compris en zone de conflits grâce à des drones.

Ces prises de vues photogrammétriques permettent de produire de véritables doubles numériques des vestiges, qui ont été combinés avec des documents tels que des photos anciennes, des gravures, des aquarelles, donnant ainsi la mesure de leur évolution dans le temps.

Étaient également présentées quatre pièces majeures des collections du musée du Louvre liées aux sites présentés, rappelant ainsi la force du témoignage de l’objet archéologique et l’importance des collections des musées universels dans le partage de ce patrimoine commun.

Enfin, un Laboratoire des images, conçu comme un cabinet de curiosités, apportait un éclairage sur les méthodes utilisées par les scientifiques, du XVIIème siècle à nos jours, pour documenter leurs découvertes et reconstituer le fil de l’Histoire.

L’exposition présentait également une expérience de réalité augmentée dédiée à la reconstruction virtuelle de l’Arche de Palmyre et les témoignages de quatre personnalités du monde artistique du Proche Orient sur les destructions du patrimoine mondial.


De Bâmiyân à Palmyre, voyage au cœur des sites du patrimoine universel

C’est à une expérience "immersive" inédite que conviait le visiteur l’exposition « Sites éternels ». Alors que le contexte géopolitique au Moyen-Orient ne connaît pas d’apaisement, ces trésors du patrimoine mondial témoignent de notre humanité.

« Quand la culture des peuples est menacée, quand leur patrimoine est attaqué, ce sont ces valeurs et ces droits fondamentaux qui sont visés. C’est pourquoi la protection du patrimoine est inséparable de la protection des vies humaines. Il n’y a pas à choisir entre l’une ou l’autre. Quand la culture est en première ligne des crises, elle doit être en première ligne de la construction de la paix. » Irina Bokova, Directrice générale de l’UNESCO.




Sites éternels au Grand Palais, entretien avec M. Pic et Y. Lintz du Louvre


À l'occasion de l'exposition "De Bâmiyân à Palmyre, voyage au cœur des sites du patrimoine universel" Marielle Pic, directrice des Antiquités orientales, et Yannick Lintz, directrice des Arts de l'islam au Louvre, dévoilent les enjeux de l'exposition, présentent les quatre "sites éternels" et les œuvres du Louvre exposées au Grand Palais.



Sites éternels : la table ronde de l’exposition

Le 12 décembre 2016, une table ronde exceptionnelle était organisée au Grand Palais pour présenter les enjeux de l’exposition « Sites éternels ».

Il s’agissait notamment selon Sylvie Hubac, Présidente de la RMN – Grand Palais de « substituer à des images de peur et de désolation, des images qui racontent au contraire leur splendeur, leur beauté, leur poésie. Qui nous permettent de retraverser leur histoire et, effectivement, de nous donner confiance dans ce qu’il est possible de refaire demain. »


En immersion dans les "Sites éternels" du Grand Palais



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Dans le secret des pierres - Damas, fragments d'une cité éternelle



Dans le secret des pierres - Palmyre, le royaume de sable



Dans le secret des pierres - Ougarit, une empreinte dans l'histoire de l'Humanité



Dans le secret des pierres - Mari, aux origines de la «Ville»



Dans le secret des pierres - Les sentinelles du Levant



Dans le secret des pierres - Qosair Amra, un édifice manifeste



De Bâmiyân à Palmyre, Voyage au cœur des sites du patrimoine universel






lundi 23 janvier 2017

À Alep, avec la Communauté syrienne de France et Horizon de l'Espoir…



Hello vous tous… des pétromonarchies… d'Occident… de Turquie… barbus and co… Ici Alep !


La Communauté Syrienne de France, forte de l'expérience de cinq voyages de "Solidarité avec le peuple syrien" organisés depuis mars 2015 proposait en cette fin octobre et début novembre 2016 un nouveau voyage dans le cadre de son  projet "Solidarité Syrie". Le dynamisme de son animatrice, Rima, apte à saisir immédiatement toute opportunité a assuré à ce nouveau voyage, effectué encore dans des conditions très différentes de tous les précédents un plein succès… Un voyage orienté vers de nouveaux horizons… Ainsi les participants à ce sixième voyage avec la Communauté Syrienne de France ont eu le privilège de se rendre et séjourner à Alep-Ouest et de visiter Palmyre libérée…

Programme intense… Aucune perte de temps… Dès le lendemain notre arrivée en Syrie, tôt le matin, notre petit groupe réuni par la Communauté syrienne de France prend la route d'Alep… Un visite tant attendue… Une destination qui n'avait pu être atteinte auparavant dans aucun des précédents voyages…


@deSyracuse Syria civil war (2 November 2016) par deSyracuse — Pour accéder à la carte interactive, cliquer  ICI
Un voyage en petit groupe nous a permis d'emprunter des transports collectifs publics dans la première partie de notre séjour. Cette carte montre notre itinéraire à partir de Homs pour rejoindre Alep, puis de Alep vers Hama, de Hama à Masyaf, de Masyaf à Tartous. Entre Homs et Alep la route principale n'était toujours pas sécurisée et les véhicules contraints d'emprunter un couloir dans lequel Daesh à l'Est, al-Nusra à l'Ouest n'étaient souvent pas très éloignés.

L'effectif de ce dernier groupe, ayant été délibérément voulu par la Communauté Syrienne de France un peu moins nombreux que les précédents, a permis d'innover quant au choix des moyens de transports… Pour la première fois, avec la Communauté Syrienne de France, un groupe a pu voyager en dehors de Damas et sur de longues distances en empruntant des transports en commun… Une solution proposée par notre organisatrice qui s'est révélée et la plus simple et la plus opportune… Voyage comme des Syriens ordinaires… par un des nombreux bus assurant régulièrement la liaison entre Damas et Alep… Chacun s'est allégé de ses bagages, gros sacs et valises ont été laissés en consigne à notre hôtel de Damas, reste le minimum nécessaire pour quelques jours…

Était ainsi offerte aux membres du groupe une occasion unique de contacts libres et proches de la population, celle des voyageurs, et à l'occasion des nombreuses haltes de contrôle, de détente, de restauration…



Notre bus, du grand confort… service parfait à bord

Vendredi 28 octobre… Nombreux contrôles sur la route… mais très vite l'information de notre présence dans le bus est répercutée sur les contrôles suivants… et en définitive un trajet prévu ordinairement pour 10 heures n'a été effectué qu'en 8 heures, pour la plus grande satisfaction de nos compagnons de voyage syriens. En fait il n'y a eu aucun laxisme dans les contrôles - et nous ne pouvons que nous en féliciter. Notre bus a simplement eu la priorité dans les files d'attente à chaque checkpoint. C'est dire combien sont appréciées les visites d'étrangers - même français - perçus authentiquement amis de la Syrie. Personne en Syrie ne confond l'imbécillité criminelle du gouvernement d'un pays asservi à des intérêts qui ne sont même pas les siens et la démarche personnelle de citoyens de ce même pays.

Halte restauration, la dernière peu avant notre arrivée à Alep


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Chacun d'entre nous était déjà très sensibilisé à la situation d'Alep, par ses recherches personnelles d'informations sur les réseaux sociaux, et hors des grands médias de la propagande occidentale… La Communauté Syrienne de France avait eu l'heureuse initiative, le samedi 14 mai dernier d'une vidéo-conférence simultanément depuis Alep et Damas. Contact direct avec la Syrie réelle, cette vidéo-conférence avait suscité l'intérêt d'un grand nombre de participants unanimement conscients de l'incrédibilité de grossières manipulations médiatiques. Le souvenir de cette manifestation exceptionnelle habitait chacun de nous… en particulier le témoignage courageux de Sonia Kaprielian cette mère de famille alépine ainsi que la magistrale intervention de Kamal El-Jaffa illustrée de vidéos donnant une image de la situation à Alep où aucun quartier n'a été épargné.  
Pourtant, installés pour la nuit à Alep-ouest, dans le quartier Al-Shahba [الشهباء] nous avons d'abord l'impression de découvrir une ville qui semble vivre presque normalement, quoique au ralenti. Dans ce quartier, nous pouvons circuler seuls, à pied, de nuit pour nous rendre au restaurant dans un autre quartier relativement éloigné… Quelques rares détonations entendues dans la soirée.
Malheureusement dans la nuit les déflagrations redoublent d'intensité… Nos premiers contacts au matin nous confient que jamais depuis plus de deux ans Alep-ouest n'avait subi une attaque d'une telle intensité. À l'approche des élections présidentielles américaines et pour ne pas alimenter la propagande perverse du camp états-unien le plus belliciste, l'Armée arabe syrienne et ses alliés avaient minimisé leur pression sur les groupes armés soutenus par l'étranger… Bien plus une trêve avait été unilatéralement décidée… Les groupes armés takfiris agents de l'étranger ont alors profité d'une moindre pression subie pour mener une vaste offensive contre Alep-ouest…







Malgré tout nous maintenons notre programme de visites… Dès le matin nous lisions la gravité de la situation sur les visages de nos interlocuteurs… Malgré leurs devoirs sur le terrain, malgré leurs préoccupations pour la sécurité de leurs familles tous ceux que nous avons rencontrés se sont toujours montrés disponibles, nous ont accueillis et guidés dans les meilleures conditions possibles compte tenu d'un état d'alerte élevé… Nous devons les remercier infiniment, souligner leur courage et leur détermination face à l'adversité…  Nous sommes d'abord accueillis pour un petit-déjeuner dans la maison de l'un de nos amis… 


Vue sur le quartier Al-Shahba [الشهباء] depuis la maison de nos hôtes


Petit déjeuner, quartier Al-Shahba [الشهباء],  nos hôtes


Le quartier Al-Shahba [الشهباء] vu depuis la maison de nos hôtes


Le quartier Al-Shahba [الشهباء]… 


Puis rencontre avec les responsables de la Chambre des industries textiles d'Alep… L'un des membres de la direction de la Chambre des industries textiles d'Alep, dont nous avions déjà fait connaissance à Damas en mars dernier à l'occasion d'une exposition de leurs productions à l'hôtel Dama Rose, M. Moustafa Kawaia nous reçoit au siège de la Chambre à Al-Shahba El-Djadida [الشهباء الجديدة], puis nous conduit sur le site d'Al-Layramoun  [الليرمون] des usines détruites par les agresseurs étrangers et dont les équipements ont été systématiquement démontés et transférés en Turquie… [Ce blog a publié un article spécial avec photos sur cette rencontre.]

En fin de matinée, visite de l'hôpital universitaire où déjà le matin affluent de nombreux blessés… Nous sommes longuement reçus par le Dr. Ibrahim Hadid, neurochirurgien, doyen de la faculté de médecine et directeur du CHU, en présence de nombreux membres de son équipe. Le Dr. Ibrahim Hadid nous présente la situation de la ville d'Alep assiégée, agressée et partiellement occupée depuis plusieurs années et tous les problèmes rencontrés face à cette situation par les équipes médicales, leur immense courage et abnégation malgré des conditions de travail très difficiles… alors que les patients affluent, plus de 4 000 les trois derniers mois.
Le Dr. Ibrahim Hadid nous rappelle que la Syrie est sous un embargo… En détruisant son économie, cet embargo détruit les entreprises. En détruisant les entreprises, cet embargo met les gens au chômage, en mettant les gens au chômage, cet embargo les pousse au désespoir… Ainsi, dans le désespoir, certains ont-ils pu en échange d'une paye rejoindre les groupes islamistes… Mais cet embargo touche aussi les médicaments et les pièces détachées des appareils d'imagerie médicale tels les scanners. Le directeur du CHU nous explique combien ses confrères ont été obligés d'improviser, réparant eux-mêmes leur matériel.


Le 7 janvier 2017, Nicolas Dhuicq, Thierry Mariani et Jean Lassalle, représentants du peuple français
étaient reçu au CHU d'Alep par son directeur, le Dr. Ibrahim Hadid…

Nicolas Dhuicq annonce avoir déposé à l'Assemblée Nationale française
une résolution demandant la levée de l'embargo par la France.

Répondant au désir unanime des membres du groupe de faire un geste de solidarité, le directeur préfère nous diriger vers une association qui œuvre directement sur le terrain en faveur des victimes du terrorisme, l'association humanitaire "Al-Ihssan"…
Nous nous rendons donc au siège de l'association humanitaire "Al-Ihssan Charity" [جمعية الإحسان الخيرية التنموية بحلب]‎ au quartier Al-Mougambou [الموغامبو]. Kamal El-Jaffa nous a rejoint, il nous expose la situation présente à Alep tandis que les responsables d'Al-Ihssan nous présentent les nombreuses missions de l'association et les défis auxquels elle doit faire face à cause de cette guerre. Comme ils en avaient manifesté l'intention, chacun des membre du groupe a remis au comptable de l'association un modeste don de l'équivalent d'environ 100 €, au profit des enfants victimes du terrorisme.











Puis, pour répondre aux besoins urgents suscités par les nombreuses blessures liées aux combats, certains ont tenu à faire un don du sang au  Centre de transfusion sanguine de  "Nadi El Djalaa" [نادي الجلاء]…


Point de distribution d'eau de la Croix rouge, quartier Nadi El Djalaa [نادي الجلاء],
dans le fond on aperçoit le bâtiment du centre de transfusion sanguine


Quartier Nadi El-Djalaa [نادي الجلاء] -  tout proche, enflammé, le quartier El-Hamdanya [الحمدانية], sur le front avec l'Est
En fin d'après-midi, à la tombée de la nuit, le chauffeur mis gracieusement à notre disposition par l'Hôpital Universitaire nous conduit au carrefour Al-Shihanne.  Un rond-point stratégique entre plusieurs quartiers, Al-Ashraffia [الأشرفية] celui de notre chauffeur,  El-Hamdanya [ الحمدانية] le front enflammé avec Alep-est, Bény Zayd  [بني زيد]. C'est là que nous rencontrons un groupe de personnes fuyant devant la recrudescence des combats El-Hamdanya pour tenter de trouver un abri à Bény Zayd…  Béni Zayed est ce quartier dont Sonia Kaprielian, cette mère de famille alépine, nous avait longuement parlé le samedi 14 mai dernier lors d'une vidéo-conférence simultanée depuis Alep et Damas.  Béni Zayed d'où longtemps ont été envoyés des missiles sur Alep-ouest n'a été libéré que récemment, à la fin de l'été, et n'était pas encore encore totalement déminé en ce début novembre… Quartier toujours dangereux donc provisoirement interdit à un retour des populations. Aussi l'Armée postée au carrefour n'a pas autorisé cette malheureuse famille à y accéder… Leur désarroi se lit sur le visage de ces pauvres gens ne sachant plus où se réfugier la nuit venue…



Carrefour Al-Shihanne, ils ont fui Nadi El-Djalaa [نادي الجلاء] et auraient voulu se mettre à l'abri au quartier Béni Zayd [بني زيد]


Carrefour Al-Shihanne, aux portes du quartier Beni Zayd…


Carrefour Al-Shihanne…


Carrefour Al-Shihanne…


Carrefour Al-Shihanne…


Point d'eau, carrefour Al-Shihanne, tout près d'autres personnes - enfants ou mère de famille - ont d'autres
préoccupations que ces pauvres gens bloqués dans leur pickup et ne sachant plus où se réfugier cette nuit…


Carrefour Al-Shihanne, en direction de Beni Zayd [بني زيد]


Point d'eau, carrefour Al-Shihanne

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Notre hôtel, face à l'hôpital universitaire… Quartier animé, l'atteste le nombre de cafés et restaurants.
Notre préféré : le café "C'est la Vie" [سيلافي كافيه -  شارع وضاح اليمن]. 
Pour agrandir cette carte, naviguer dans le quartier et aussi découvrir les autres quartiers d'Alep cliquez : ICI

Lors de notre arrivée à Alep-ouest nous avions cru découvrir une ville semblant vivre presque normalement, quoique au ralenti. Nous avons circulé seuls, à pied, de nuit pour nous rendre au restaurant dans un quartier relativement éloigné… De nombreux restaurants restent ouverts, et accueillent des convives jusque tard dans la nuit… Nous savons par expérience, et nous le réalisons une fois de plus, combien en temps de guerre pour les peuples - et celui d'Alep le confirme - il est une nécessité vitale d'affirmer sa force en maintenant ses activités habituelles, et notamment malgré tout des activités festives. Chacun ne sait de quoi demain sera fait… Malgré la gravité de la situation aucun d'entre nous n'a le droit de sombrer dans la morosité… C'est cela aussi affirmer sa solidarité avec un peuple qui se bat.

Nous réalisons combien une situation de guerre est faite de contrastes… Lutte des extrêmes entre la vie et la mort… Tout combattant ne peut qu'être habité par une extraordinaire force de vie pour affronter victorieusement l'adversaire… De même chacun… - tous les autres - se doit de garder une volonté constante de goûter pleinement à la vie quels que soient les malheurs… Affirmer une joie de vivre c'est vaincre la mort qui rode. Tout au moins garder l'espérance constante en une vie meilleure…









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Gare routière, départ d'Alep vers Hama


Gare routière, nombreux étaient les départs ce matin-là,
mais l'affluence était à peine supérieure à l'ordinaire malgré l'intensité des combats…


En route, encore tout près d'Alep… les combats ne sont pas loin

Nous quittons Alep…  Joie d'avoir découvert, même rapidement, Alep malgré toutes les difficultés annoncées pour y accéder.  Scandalisés par la constatation de visu des méfaits du "bon boulot" et de la guerre voulus et appuyés par l'imbécillité criminelle des gouvernants de la France... Colère et consternation face à la misère de ceux qui, aujourd'hui alors que les combats ont atteint une intensité inconnue depuis plus de deux ans, n'ont pu jusqu'à présent que fuir d'un quartier à l'autre...
Pourtant tous ceux avec qui nous nous sommes entretenus ont manifesté la quasi certitude d'une victoire prochaine et d'un contexte international plus favorable… Un immense bonheur nous habite alors croyant fermement venue l'heure de la bataille finale contre les forces du mal de l'OTAN et des pétromonarchies...
C'est dans une ambiance apocalyptique que nous avons pris la route pour Hama. Des mortiers détonnent toutes les dix secondes. Des fusées telles des étoiles filantes illuminent un horizon jamais lointain. Des avions grondent dans le ciel puis des traînées blanches noires et des bâtiments perdus dans une fumée épaisse. Parfois des tirs de Kalachnikov derrière une colline… Imperturbable, notre bus fait sa route…

Croisées des colonnes de véhicules, tanks, camions transportant du matériel de lourd durant des kilomètres. Des soldats syriens, iraniens, le Hezbollah, les milices afghanes sur le pied de guerre… Tous montent vers Alep…

Malgré un fol espoir qu'arrive le combat final personne ne peut s'empêcher de penser en ce moment à ceux qui vivent toujours en craignant peut-être encore le pire dans les murs d'Alep assiégée...


Vive la Victoire !

Mère Agnès Mariam de la Croix :
"Entre Syriens, il n'y a que des solutions… aucun conflit.
Le conflit vient de l'extérieur de la Syrie."
Cela est clairement démontré dans la libération d'Alep-est des multiples bandes armées de mercenaires ralliées à l'islamisme salafiste sous le commandement du Front al-Nosra (al-Qaïda), entretenues par l'OTAN et les pétromonarchies du Golfe. Une victoire qui n'est pas seulement militaire. C'est une victoire géostratégique contre toutes les agressions du bloc OTAN-pétromonarchies du Golfe... Une victoire contre leurs sanctions économiques visant à affamer un pays, contre la désinformation de campagnes médiatiques mensongères, contre l'humanitarisme armé de prétendues ONG financées par des gouvernements. Tout un dispositif mis en échec par la libération d'Alep… et des populations qui y étaient prises en otage.


Alep, que s'est-il vraiment passé ?

26 Pics Avant et après la guerre révèle ce qui a fait en Syrie

Alep : "Il n'y a pas des tueurs plus humains que d'autres"

Dans les premiers bus vers Alep-Est, des habitants entre joie et effroi

En Syrie, la zone industrielle détruite d'Alep croit en une seconde chance


Des voyages d'avant c'est avec des cartes postales que l'on revenait…
La citadelle d'Alep… souvenir aujourd'hui encore très provisoirement inaccessible


Des voyageurs d'antan des cartes postales l'on recevait…